D’autres prédications
et magnifiques textes
se trouvent sur le site
du Pasteur Pedroli

www.pedro.li

 

 

 

Prédication 17 03 19 be 1R 19, 2-5, Mt 26, 36 46 et Rm 5, 6-10

Jésus est confronté à la fois à la peur et à une grande tristesse. Nous connaissons nous aussi parfois cette peur, cette angoisse qui nous étreint le cœur face à l’épreuve qui s’annonce, et la lourde tristesse causée par un sentiment d’impuissance. La peur ou la tristesse peuvent nous tenir éveillé-e-s ou au contraire nous inciter à fuir dans le sommeil.

Qu’est-ce qui me fait le plus peur en ce moment ? Ou me rend triste ? Ou les deux. Je vous propose d’y réfléchir, de mettre un mot sur cette peur ou cette tristesse, et de l’écrire sur le papier que je vous distribue. Jésus a mis un nom sur sa peur : que cette coupe passe loin de moi. Une fois que vous avez écrit ou dessiné ce qui vous fait peur ou vous rend triste, venez mettre votre papier dans ce récipient, et nous les brûlerons dehors à la fin du culte.

Revenons à nos textes.

Elie et Jésus. Il arrive parfois que celles et ceux qui obéissent à Dieu passent par de dures épreuves. Elie se bat contre l’idôlatrie qui pourrit le pays au 9ème siècle avant JC. La puissante reine Jézabel, une phénicienne,  a voulu imposer le dieu Baal en Israël. Son mari, le roi Akhab s’est détourné du Seigneur, comme tous les rois d’Israël, excepté le roi David, et il a laissé faire sa femme, par lâcheté.

Elie se sent seul abandonné, sans les soutiens du gouvernement dont il aurait besoin. Tous les autres prophètes du Seigneur se sont enfuis et se sont cachés. Elie, grâce au Seigneur a obtenu une victoire amère, puisqu’après avoir égorgé de sa main les 450 prophètes de Baal, il est poursuivi et persécuté  par Jézabel.

Il fuit dans le désert. Il est épuisé par la lutte, à en vouloir mourir, c’est le burnout. Mourir en Dieu et non par la main de Jézabel.  Le Seigneur ne l’abandonne pas, et ne le laisse pas tranquille. Il envoie ses anges pour le nourrir afin qu’il puisse terminer la tâche qui lui a été confiée : sacrer Hazael comme roi d’Aram et Jehu comme roi d’Israël. Et oindre son successeur, le prophète Elisée. Le Seigneur demande à Elie d’aller jusqu’au bout. La récompense est suprême, puisqu’le prophète rejoint le Seigneur sur un char de feu sans devoir passer par la mort physique.

Le sort de Jésus est à la fois beaucoup plus cruel et sans commune mesure dans l’issue finale. Jésus accepte de mourir pour ses disciples qui sont incapables de rester éveillé-e-s une heure pour prier avec lui, et pour toutes les personnes justes et injustes sur la terre.

Qui parmi nous serait d’accord de donner sa vie pour une autre personne, même aimée à la folie ? Mourir à la place de son enfant ? Peut-être. Quel intérêt y aurait-il à laisser son enfant grandir sans parents ? L’apôtre Paul pense que nous pourrions éventuellement mourir pour une personne qui pratique l’amour « agapé ». Je n’en connais pas. Et vous ? Mourir pour sa partie ? Mourir pour Jésus dans les pays où les chrétiennes et chrétiens sont persécutés ? La question mérite d’être posée et reste ouverte.

Jésus est là, seul, dans ce jardin de Gethsémani. Et il a peur de son avenir, peur de souffrir, peur d’être humilié, peur de mourir. Il est faible et fragile et tellement triste face à la méchanceté et l’ignorance des êtres humains, comme nous. Il aimerait bien fuir, comme l’a fait Elie et que cette coupe passe à côté de lui. Comme nous l’aurions souhaité pour nous-mêmes. Il aurait bien voulu que ses ami-e-s le soutiennent, soient à ses côtés pour traverser l’épreuve. Comme nous.

Chaque être humain gère l’épreuve de la maladie et de la mort dans la solitude : on ne peut rien y changer. Même avec les meilleures intentions du monde.

Il existe d’autres épreuves que celles de la maladie et de la mort,  par exemple les épreuves qui traversent un couple, une famille, le travail, avec ce doute lancinant qui martèle l’âme : est-il préférable de fuir ou de prendre ses responsabilités.

La peur lui tord les entrailles.

Comment va-t-il s’en sortir ? Comment va-t-il pouvoir dominer son angoisse.

Tout d’abord, il discute avec Dieu, il se rebelle même  contre son Père, il prie. Il supplie,. Il prie. Il cherche de l’aide ; peut-être qu’à plusieurs, avec Pierre et le deux fils de Zébédée,  le Seigneur se laisserait mieux convaincre. Rien n’y fait.

Dans ce terrible silence, tout au fond de son cœur, l’Esprit parle à Jésus et agit.

Comme à Elie, le Seigneur lui demande de continuer son œuvre. Non pas sa volonté propre, mais la volonté de Dieu.

L’Esprit donne à Jésus de pouvoir accueillir la volonté de Dieu, et en même temps la force de l’accomplir.   Jésus ne se bat plus contre Dieu, il accepte, il s’abandonne en lui. Alors ses énergies vitales recommencent à circuler dans son corps. Il est prêt. Il peut même inviter dans toute sa tendresse ses disciples à dormir pendant le peu de temps qu’il reste avant la trahison.

Dieu lui a donné la force de prier pour éviter de fuir ce pourquoi Dieu l’a envoyé.

Il n’a pas été donné aux disciples cette force de prier, et ils vont tomber.

Jésus en cette heure de peur et de tristesse a reçu de croire que le Seigneur vit en lui, et que par lui, par sa mort et par sa résurrection, ses disciples se relèveront, et vivrons de sa vie.

Amen!


Prédication brève, culte bilingue, le  10 0 19 Jn 13, 21-30

Ce passage de l’Evangile est aussi énigmatique qu’un roman policier. J’ai l’impression de me trouver à la place d’Hercule Poirot dans la scène de la confrontation finale entre tous les accusé-e-s potentiels dans « Mort sur le Nil ».

Que s’est-il passé ?

Peu de temps avant, Jésus a lavé et essuyé les pieds de ses disciples pour leur montrer  comment prendre soin des personnes qui leur seront confiées dans l’ humilité et la tendresse.

Jésus et les disciples mangent ensemble, ils sont très proches les uns des autres, le disciple préféré du maître, peut-être Jean, est  couché sur son sein, comme un enfant couché sur le sein de sa mère. Ce détail révèle que Jésus était un homme affectueux, autant avec les hommes qu’avec les femmes : il n’avait pas peur du contact physique.  

Il règne-là ce calme si particulier avant l’orage.

Et soudain c’est l’heure du combat entre Jésus et l’Adversaire. L’esprit de Dieu avertit Jésus que l’épreuve va commencer.

Les paroles de Jésus glacent le sang : une personne parmi vous va me trahir.  Nous devenons tous et toutes subitement des accusé-e-s. Est-ce moi qui trahit Jésus, par mon comportement, mes paroles ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?

Pierre réagit le premier, il n’a pas le courage de s’adresser directement à Jésus. Je le comprends. En bon chef, il demande au disciple aimé d’interroger Jésus. Il délègue.

Le disciple aimé, toujours sur la poitrine de Jésus retourne la tête : qui est-ce ? Même l'ami-e sur qui je comptais, et qui partageait mon pain, a levé le talon sur moi.  (Ps 41,10)

Est-ce que Jésus savait que Judas le trahirait ? Est-ce que Judas savait qu’il trahirait Jésus un jour ? Ils sont tous les deux pris dans une sorte de courant infernal. Jésus pressentait qu’il allait souffrir et mourir. Autant que l’opération ait lieu le plus vite possible. Quant à Judas, dès que le satan est entré en lui, il a pensé et réagit de travers ; c’est la spécialité du satan de nous faire prendre la mauvaise direction en nous faisons croire que c’est juste.

Les disciples aussi sont bernés par le satan. Ils sont comme endormis, ils ne veulent pas savoir ce qu’il se passe vraiment. Auraient-ils pu empêcher Judas d’aller vendre Jésus aux autorités ? Le Seigneur laisse le mal se faire : pourquoi ? Parce qu’il ne peut y avoir de lumière sans ténèbres ? Pourquoi Seigneur ?

Ce passage nous immerge dans  l’insupportable : la tragédie se prépare et personne ne peut rien y changer. Le diable a aveuglé même les plus justes.

La seule issue proposée est alors de traverser le malheur, courageusement, avec l’espérance folle que Dieu n’abandonnera pas celles et ceux qui l’aiment si mal, et qu’il adviendra du milieu de l’horreur la lumière, une manière de voir la vie autrement. Amen

MM