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Dimanche 8 janvier
       Prédication de Marco Pedroli   
        Pasteur de la Communauté 

 

 

 repertoire 3 6284

 

L’amandier et le chaudron (Jérémie 1, 11 à 19)

Que voyons-nous aujourd’hui ? Un rameau d’amandier ou un chaudron brûlant ? Que voyons-nous ? L’amandier qui annonce que Dieu veille à l’accomplissement de sa parole ou le chaudron qui annonce le malheur ?

Que voyons-nous, que voulons-nous voir et montrer ? Le Dieu qui veille et qui annonce la promesse ? Ou plutôt la menace et la désolation ? Comment distinguer ce qui vient des idoles de ce qui est la vérité ?

En cette période de chaudron, de feu, de troubles et de peur, souvenons-nous de l’amandier de Dieu et la promesse : « Dieu veille sur l’accomplissement de sa parole ». N’oublions pas que le feu et le sang, la violence et la guerre, ne sont pas le fait de Dieu. Elles ne sont pas une fatalité, mais la conséquence de l’injustice des hommes et du manque de respect envers Dieu et envers nos semblables.

Aujourd’hui comme toujours, des hommes font la guerre au nom de Dieu. Pour le protéger, pour défendre sa cause. Mais aujourd’hui comme de tous les temps, ceux qui prétendent faire la guerre au nom de Dieu sont des menteurs et des blasphémateurs. Ils utilisent Dieu pour masquer leur véritable intention qui est d’augmenter leur pouvoir et de s’enrichir. (Et ceux parmi vous qui venez d’Afrique vous savez bien qu’on a parfois utilisé Dieu et l’église pour cautionner et soutenir la colonisation des européens.) La violence et la guerre ne viennent pas de Dieu, mais elles sont des actions humaines.

Tout au long de sa vie, Jérémie a vu l’amandier. Il sait que Dieu veille. Il fait confiance à cette parole. Mais il voit aussi le chaudron, le feu, la menace. Il voit la catastrophe arriver. Il sent que Jérusalem va être envahi. Jérémie sait que cette désolation sur Jérusalem viendra parce que le peuple a abandonné Dieu. Il s’est tourné vers d’autres dieux, à qui il offre des sacrifices. Le peuple adore ce qu’il a créé de ses propres mains.

Jérémie doit annoncer le jugement sur Jérusalem. Sa mission est de dénoncer, de réclamer, d’annoncer la mort et la déportation. On se moque de lui, il est isolé, il est incompris des hommes. Il maudit le jour de sa naissance. Il doute même de Dieu.

*           *    *

L’amandier est un peu comme le cerisier. Il sort ses fleurs avant ses feuilles. Il est un des premiers arbres à germer. Il vient à la fin de l'hiver, lorsqu’il gèle encore le matin. Quand on voit ses fleurs, puis ses feuilles, on sait que le printemps va venir. Par ailleurs l'amandier est un des symboles de l'amour et de la virginité : les fleurs paraissant bien avant les feuilles, chaque rameau se revêt alors complètement de blanc, évoquant ainsi une robe de mariée.

La parole du SEIGNEUR s’adressa à moi : « Que vois-tu, Jérémie ? » Je dis : « Ce que je vois, c’est un rameau d’amandier. »

Le SEIGNEUR me dit : « C’est bien vu ! Je veille à l’accomplissement de ma parole. »

La parole du SEIGNEUR s’adressa à moi une seconde fois : « Que vois-tu ? » Je dis : « Ce que je vois, c’est un chaudron sur un foyer attisé grâce à une ouverture sur le nord. »

 

Un rameau d’amandier. C’est la promesse de Dieu qui veille sur l’accomplissement de sa parole. Tandis que le chaudron, c’est le feu, la menace. Parce que le peuple s’est tourné vers des idoles, pour leur offrir des sacrifices. Le peuple adore des idoles, qui ne sont que des objets fait par des mains humaines

Dieu veille. La promesse de l’amandier est bien vivante. Elle apparaît même lorsque tout semble perdu. Mais le chaudron et bien présent aussi. Il y a des hommes et des femmes qui souffrent de violence, d’autres soupirent, tous ont besoin de repères et de réconfort.

En tant que chrétiens, nous sommes les porteurs et les porteuses de l’amandier en fleur – ou ici en Allemagne ce sera peut-être une branche de cerisier en fleur – et de cette promesse. Dieu veille. Malgré les chaudrons, malgré les menaces et les craintes, l’amandier, la promesse. Dieu veille.

*           *    *

La parole de Dieu n’est pas suspendue en l’air. Le chaudron brûlant nous le rappelle. La parole se confronte à notre réalité humaine, sociale, culturelle, politique, à des injustices et des discriminations. Elle se proclame face à la violence et la peur. Elle est comme un guide qui doit nous aider à trouver des cheminements personnels et communautaires.

Nous aimerions bien qu’il n’y ait que l’amandier et les fleurs. Une parole qui console et réconforte. Et qui nous évite de devoir nous confronter au chaudron et au feu. « On ne parle pas de politique à l’Eglise… » disent certains, alors que c’est précisément la tâche de l’église de s’engager pour les plus faibles de notre société.

Jérémie aussi était sans cesse confronté à d’autres prophètes. Ces prophètes, ou plutôt ces faux-prophètes, ne voulaient pas reconnaître toute la gravité de la situation. Ils ne voyaient pas que le peuple était menacé. Et que cette menace était la conséquence de la désobéissance du peuple, de son infidélité à Dieu et de l’injustice à l’intérieur de la société. Alors ces prophètes parlaient et ils parlaient de Dieu qui sauve son peuple et ils se moquaient de Jérémie lorsque celui-ci annonçait la destruction et qu’il dénonçait les idoles.

Aujourd’hui, comme du temps de Jérémie, bien des personnes préfèrent entendre parler de l’amandier qui fleurit que du chaudron qui brûle. Elles aimeraient bien que l’église se confine dans un rôle précis, celui d’annoncer le salut. Les pasteurs doivent parler et parler encore, simplement pour rassurer, conforter, encourager, donner de l’espérance. C’est du moins ce que certains aimeraient.

Comme ça les politiques peuvent s’occupent du chaudron sans qu’on se mêle de leurs affaires. L’économie mettre le feu. Tant pis si le fossé entre les riches et les pauvres augmente et si le monde va vers une catastrophe écologique. Tant pis si les injustices engendrent la violence.

Chacun son boulot, disent certains. L’église est là pour donner de l’espérance et du réconfort, rappeler que le rameau d’amandier fleurit, parce que Dieu veille sur sa parole. Et le mal c’est le mal, personne n’y peut rien, disent-ils.

*           *      *

« Je vois un rameau d’amandier », dit Jérémie.

« C’est bien vu ! Je veille à l’accomplissement de ma parole. », lui dit Dieu

Dieu veille à l’accomplissement de sa parole. Mais la parole n’est pas neutre et aseptisée. La parole voit aussi le chaudron et le feu, la menace et la peur. La parole de Dieu dénonce l’injustice et la violence, le mensonge et le mépris des hommes.

La parole de Dieu dénonce la folie des hommes qui se détournent de leur créateur. Les hommes qui sacrifient à d’autres dieux et qui se prosternent devant l’œuvre de leurs mains. La parole de Dieu, l’amandier en fleur, met la vérité au cœur de nos vies. Une vérité de justice et d’'amour, d’'engagement et de respect. Devant cette réalité, il ne s’'agit pas de se culpabiliser, mais de chercher la vérité de Dieu et de nous engager comme il nous le demande. Car le message de Jésus proclame des priorités fondamentales. Comme il le dit si bien lors du sermon sur la montagne. (Matthieu 5)

Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux.

Heureux les doux : ils auront la terre en partage.

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu.

Heureux ceux qui font œœuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.

 

Jésus affirme que chacune et chacun sont précieux, chacun est un cadeau pour l’ensemble de la société. En Jésus tout être humain a le droit au respect et à la dignité. L’amandier est en fleur, il annonce le printemps et la vie, c’est ce message-là qui nous est confié.

*           *    *

Le Seigneur veille à l’accomplissement de sa parole. Sa parole s’accomplit avec nous tous. Elle nous met en marche, nous touche, nous transforme, nous dérange, nous fait bouger. Dieu nous pousse à nous engager personnellement, ensemble par-dessus les barrières communautaires, culturelles, raciales et religieuses.

C’est une parole d’espérance. Aussi ne nous laissons pas accabler par ce qui se passe, ne nous laissons pas paralyser par la violence, l’injustice et le mal. Regardons plutôt le Seigneur qui libère.

Dieu fait de nous les relais de sa parole. Les partenaires de sa création. Appelés à témoigner et à vivre – à vivre plus qu’à témoigner, je crois – cette parole qui reconnaît dans chaque visage, le visage de Dieu. Oser regarder, s’approcher, communiquer, parfois consoler, et aussi communier et danser sa joie.          

AMEN

 

 

Dimanche 8 janvier
Prédication de Marco Pedroli   
Pasteur de la Communauté  

Divinement avertis de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. (Matthieu 2, 12)


Ils retournèrent par un autre chemin


RoismagesJ’aurais tellement voulu les rencontrer. Les mages avec leurs chameaux, leur belle tenue, leur coiffe, leurs cadeaux, leur gentillesse et leur mystère. J’aurais tellement voulu les suivre sur le chemin qui les mène à la crèche et être là et voir, comment ils vont tout près de Jésus, de Joseph et de Marie.

Des rois, des mages, des astronomes, des savants venus de loin, d’une autre civilisation, d’un autre monde. Ils ont été guidés par une étoile.

Epiphanie : Le mot signifie manifestation. Dieu se manifeste aux rois mages. Dieu se montre à eux, il se révèle. L’épiphanie, la fête des rois. Le 6 janvier. C’est un peu Noël pour ceux qui viennent après et de loin.

Epiphanie : c’est la fête de Noël pour ceux qui viennent de loin. Les mages d’orient, les astronomes et les savants qui découvrent tout à coup que les étoiles ont un sens, que Dieu se révèle et qu’il le fait dans un petit enfant.

Ils viennent de loin, ils découvrent Jésus, ils découvrent la lumière de Dieu, la présence de Dieu. Sur terre, dans cet enfant, dans une petite maison et non pas dans le palais du roi Hérode.

Epiphanie : Dieu se manifeste à ceux qui viennent de loin. A vous qui venez d’Afrique, d’Asie, de France ou d’ailleurs. A vous qui venez de la Syrie bombardée. Vous êtes nos rois mages. Vous faites pour nous le lien avec ce monde lointain et froid et la chaleur de la crèche auprès de l’enfant Jésus. Vous êtes nos rois mages, que vous venez d’Afrique, de Syrie ou de Berlin-Brandebourg. Agenouillés devant le petit Jésus, émerveillés par cette lumière et cette chaleur.

Jésus vous traite tous comme des rois mages, comme de véritables rois mages, savants, aimés, importants, reconnus. Jésus nous traite tous comme des rois et comme des enfants. Il ne fait pas de différence, il n’a pas de préférés, que vous soyez d’ici ou de loin. Jésus vous aime et vous illumine de sa vérité et de sa tendresse.

J’aurais tellement voulu rencontrer les rois mages avec leurs chameaux, leur belle tenue, leur coiffe, leurs cadeaux, leur gentillesse et leur mystère. J’aurais tellement voulu les suivre sur le chemin qui les mène à la crèche et être là et voir, comment ils vont tout près de Jésus, de Joseph et de Marie.

Aujourd’hui, je rencontre des hommes et des femmes, venus de loin pour les uns, de tout près pour d’autres. Ils viennent chercher la chaleur de la crèche, l’amour de Dieu, la présence de sa lumière. Nous sommes tous ensemble devant la crèche, tous devant Dieu, tous émerveillés de cette présence divine au cœur de notre nuit. Lorsque nous sommes devant Dieu, il n’est plus du tout important de savoir si nous venons d’Europe ou d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique. Il n’est pas important de savoir si nous sommes roi ou prince, savant ou magicien, mage ou simple travailleur, secrétaire ou professeur, chômeur ou laissé pour compte. C’est vers Dieu que nous allons, c’est lui que nous cherchons, c’est lui qui va nous illuminer, nous donner l’espérance et le goût à la vie. C’est lui qui nous invite à le suivre sur son chemin de vie et d’amour, de lutte et de tendresse.

*   *   *

En fait nous venons tous de loin, d’ailleurs, d’un autre monde, d’une autre réalité, d’une autre mentalité, d’une autre culture. Nous nous retrouvons auprès de Jésus tels que nous sommes. Il nous aime, il nous accepte, il nous accueille, il nous reçoit tels que nous sommes. C’est ça la grâce de Dieu.

Nous rencontrons tous les jours des rois mages. Bien sûr, ils n’ont pas de chameau, ils ne sont pas costumés avec des tissus de luxe, ils n’apportent pas de cadeaux, mais ils sont là, ils cherchent l’enfant, ils aimeraient trouver celui qui leur donne un sens, un bonheur, la vérité. Ils suivent leur étoile, ils cherchent Dieu, ils aimeraient trouver la vérité, connaître le sens, arriver à la crèche, à la maison, là où tout devient clair et lumineux.

Nous rencontrons tous les jours, des hommes, des femmes qui cherchent, qui sondent, qui sont assoiffés de Dieu et de vérité. Des hommes, des femmes, assoiffés d’amour, de tendresse, de vérité, de justice et de paix. Nous les rencontrons, ils suivent leur chemin et parfois ils croisent notre chemin et nous pouvons partager l’attente, partager la recherche, partager le souci de la vérité et de l’amour.

Nous sommes tous en chemin vers la crèche, vers la matrice d’un monde nouveau. Nous recherchons une vérité profonde, un sens à notre vie, un engagement qui nous motive. Nous aspirons de découvrir la source qui nous régénère, l’amour qui nous comble et nous transforme. Nous sommes tous en chemin, à la recherche de Dieu, de Jésus, du salut, de la libération, de l’espérance indestructible. Un chemin de vie, un chemin de sueur et de recherche, une démarche parfois lourde, l’approche du mystère et de la révélation, mais aussi souvent une découverte fructueuse qui nous illumine. Dieu se révèle en Jésus-Christ, il se donne à connaître ainsi, dans cette crèche, matrice du monde nouveau. Comme les rois-mages, nous sommes là, émerveillés, reconnaissant, illuminés. Entouré d’anges peut-être, avec les bergers, les animaux et toute la création de Dieu. Prêts à le suivre et à aller avec lui jusqu’au bout de nos idées, de nos vies, de nos engagements, de nos forces.

*   *   *

La rencontre avec Jésus a changé les mages. Elle les a transformés, bouleversés. Ils ne retourneront pas vers Hérode. Ils n’ont plus besoin de rendre allégeance au roi, ils n’ont plus de compte à lui rendre. Ils se sentent libres devant les hommes et même les plus puissants, ils sont libres devant Dieu, libres d’aller leur chemin, un chemin sans concession, ni compromis. Ils retournent par un autre chemin, transformés. Désormais ils suivent le chemin de la lumière et de la vérité. Ils savent que le salut est entré dans le monde, ils savent que Dieu va changer cette réalité, ils savent aussi que désormais, c’est à eux que s’adresse ce message des anges : Paix sur la terre, justice dans ce monde, lumière pour les nations. Ils repartent sans passer chez Hérode le malicieux, sans se plier aux mondanités et aux compromis. Ils savent que les étoiles se reflètent dans un enfant, et que Dieu est présent dans cette tendresse et cette lumière.

Entrons dans la crèche. Laissons-nous toucher par cette lumière. Toucher par cette naissance. Entrons dans la crèche, matrice d’un monde nouveau et laissons-nous entrainer à la suite de Jésus. Laissons-nous transformer nous aussi. Cet appel à découvrir l’immensité de l’amour de Dieu, toutes les facettes de sa vérité. Dieu nous donne des cœurs nouveaux, des cœurs pardonnées, rachetés, transformés. Il nous libère de la peur de Dieu et de la punition. Il nous offre un chemin nouveau, celui de la liberté, du salut, de l’espérance et de la communion.

Ne retournons pas sur les anciens chemins. Ceux de la soumission et de l’obéissance aveugle, ceux de la peur de Dieu et des démons, ceux des compromis et des compromissions, ceux de la lâcheté et de la demi-vérité, ceux de la médisance et du jugement de autres. Ne retournons pas sur les anciens chemins, mais suivons cet appel à la liberté. Et engageons-nous avec joie, confiance et détermination pour

Que chacun, chacune trouve sa dignité et sa place
Que chacun puisse être respecté, aimé, écouté
Que chacun puisse vivre sans avoir peur, ni des autres, ni des autorités

Engageons-nous, pour que la vie soit juste, harmonieuse, pleine pour nous et aussi pour ceux qui vivent avec nous, autour de nous. Ainsi, nous repartons de la crèche avec le goût de la tendresse de Dieu, de sa vie, de sa libération et d’une existence pleine sous le regard de Dieu.

Amen