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Domfest, 25 juin 2017 : Prédication

 

  1. 1.Lance ton pain

« Lance ton pain à la surface de l’eau. » Lance-le, sans te préoccuper, lance-le simplement et tu le retrouveras.

 

Je me vois au bord d’un lac, devant une eau plate et calme comme le Wannsee. Avec cette lumière particulière de l’été berlinois. Je suis là et je jette un morceau de pain sur la face de l’eau, puis un autre et encore un autre. Le pain tombe, il fait des ronds dans l’eau, je le vois encore un moment, il s’éloigne du bord, puis je ne le vois plus. Et je lance le prochain morceau de pain.

 

Je vois le mouvement de mon bras, ma main qui lance le pain, j’entends le pain qui tombe et je vois les ronds. Le pain s’enfonce dans l’eau, pour être peut-être mangé par un oiseau ou un poisson ou encore un insecte. « Lance ton pain… », je lance mon pain à la surface de l’eau et je le vois qui s’enfonce. Je vois les ronds dans l’eau, puis je ne vois plus rien, sinon le lac et le reflet de la lumière sur l’eau.

 

C’est l’Ecclésiaste qui nous invite à lancer notre pain à la surface de l’eau. Qohèleth, c’est son nom hébreu. Il signifie « celui qui prêche et qui rassemble ». « Vanité, des vanités, tout est vanité », c’est de lui. C’est lui aussi qui nous rappelle : « Il y a un temps pour tout sous le ciel : un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher le plant, un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour pleurer et un temps pour rire... » Tout au long de son livre, l’Ecclésiaste distille des mots de sagesse un peu sarcastiques ou fatalistes : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. », répète-t-il souvent.

 

« Lance ton pain à la surface des eaux, car à la longue tu le retrouveras ». Ici l’Ecclésiaste nous invite à lancer, à agir, à bouger. Vis, ne te contente pas d’être là, à regarder le monde et à attendre que les jours passent. Ne reste pas les bras croisés. Car vivre, c’est faire quelque chose : lancer son pain. Le lancer à la surface des eaux. Et même si tu as l’impression qu’il disparaît pour rien, lance-le, car un jour tu le retrouveras.

 

L’Ecclésiaste continue : « Donne une part à sept ou même à huit personnes, car tu ne sais pas quel malheur peut arriver sur la terre. » Donne, partage, distribue, c’est ainsi que tu conjugueras le malheur. Ne te contente pas de regarder les nuages et la pluie, car l’arbre qui tombe, tombe et il reste là où il est. « Qui observe le vent ne sème pas, qui regarde les nuages ne moissonne pas. » Alors agis, engage-toi, fais tout ce que tu peux pour que la vie continue, pour qu’il y ait des semences et des fruits, des hommes et des femmes qui vivent en paix, qui communiquent, s’aiment et s’entraident.

 

Tu ne connais pas le cheminement de la vie, tu ne connais pas la raison derrière les raisons, tu ne connais pas l’œuvre de Dieu, son mystère et sa grâce. « Tu ignores le cheminement du souffle vital, précise Qohèleth, comme celui de l’ossification dans le ventre d’une femme enceinte, ainsi tu ne peux connaître l’œuvre de Dieu, Lui qui fait toutes choses. »

 

Alors agis, sème sans t’arrêter, fais ce que tu ressens, fais ce qui te donne un sens, ce qui provoque l’espérance, ce qui correspond à ta pensée, va, agis selon ton cœur. « Lance ton pain à la surface des eaux, un jour, tu le retrouveras. »

Dans ce monde où tout semble se répéter à l’infini, sans renouveau, sans vision, alors que les pauvres restent toujours pauvres, et que les riches continuent de profiter, agis de toutes tes forces. Fais ce que tu peux, avec la conviction qui est la tienne. Lance ton pain, donne à sept ou huit de quoi survivre. Agis là où tu es, lutte contre l’enchainement du fatalisme, de la misère et du défaitisme.

 

Ne te demande pas ce que t’apporte ton action et ce que l’on dira de toi. Mais sache : c’est en risquant des gestes et des engagements que tu réponds à l’appel de la vie. La vie te redonnera au centuple ce que tu lui abandonne, ou que tu lui confie. C’est ainsi que Dieu manifeste son amour et sa grâce.

« Lance ton pain à la surface de l’eau. » Donne, sue, engage-toi, agis pour les autres, agis pour la vie et pour l’avenir. Un jour tu le retrouveras. Au bout de la vie, au cœur de la vie, tu recevras en retour, le pain que tu as jeté, la vie que tu as su partager et que Dieu a fait lever.

 

 

*                     *                        *

 

  1. 1.Kohelet

«Vanitas vanitatis, omnia vanitas»; dieser Satz ist uns allen sehr bekannt. «Nichtig und flüchtig, sprach Kohelet, nichtig und flüchtig, alles ist nichtig.» Oder auch: eitel, alles ist eitel. Kohelet, wie der Prediger auf Hebräisch heisst, hat in der Bibel eine ganz eigenartige Position. Er ist der Weise. er redet von den Menschen, vom Leben und vom Tod, vom Sinn und noch mehr von der Sinnlosigkeit des Lebens und insbesondere, dass wir am Schluss alle sterben werden.

«Ich dachte über die Menschen: Gott hob sie heraus und sah, dass sie doch nur Tiere sind. Das Geschick der Menschen gleicht dem Geschick der Tiere, es trifft sie dasselbe Geschick. Jene müssen sterben wie diese, beide haben denselben Lebensgeist, und nichts hat der Mensch dem Tier voraus, denn nichtig und flüchtig sind sie alle.»

Das Buch gehört zum Alten Testament, aber Abraham, Moses und die Propheten sind nie erwähnt. Auch die Geschichte des Volkes Israels nicht. Die Botschaft von Kohelet ist übergreifend, sie betrifft die Menschheit als solche.

«Wirf dein Brot aufs Wasser, nach vielen Tagen kannst du es wiederfinden» mit diesem Vers kommt plötzlich eine Bewegung. Du wirfst dein Brot aufs Wasser, und es sinkt langsam unter, und es braucht eine Zeit bis du es wiederfindest. Aber wirf dein Brot. Weiter noch heisst es: «Teile mit sieben oder acht, denn du weisst nicht, was für ein Unglück kommen mag auf Erden.»

Auch wenn wir wissen oder denken, dass alles Vanitas ist, dass alles ohne Sinn ist, dass die Welt nichtig und flüchtig ist, auch dann, wirf dein Brot, teile mit sieben oder acht, bleibe nicht bei dir allein, bei deinen Sorgen für dich alleine, aber werfe, teile, gebe, spiele, verteile. Denn wir kennen die Welt nicht, wir wissen nicht wie das Leben kommt und geht. Der Weg des Windes, und das Werden des Kindes im Laib der Mutter sind für uns immer mysteriös. Wir kennen das tun Gottes, der dies alles erschaffen hat nicht.

 

Wir können lange philosophieren, nachdenken, überlegen ob wir dieses oder jenes machen sollten. Am Schluss ist es aber wichtig zu handeln. Unsere Überlegungen zu unterbrechen und uns auf den Weg machen, zum Wasser, mit dem Brot, zu den Anderen, um zu Teilen.

 

Wirf dein Brot. Teile mit sieben oder acht. Bleibe nicht stehen oder sitzen, bleibe nicht vor deinem Fernsehgerät, Zuschauer und Kommentator. Aber wirf dein Brot. Du wirst es nach vielen Tagen wiederfinden.

 

Heute auch: Wir können denken und denken, über die Gerechtigkeit und über den Frieden, über die Dieselmotore und über die Flüchtlinge. Wir können lange über die Boshaftigkeit und den Egoismus der einen diskutieren und über die Kluft zwischen Reich und Arm. Wir können uns überlegen, wie es am sinnvollsten ist, zu handeln, zu analysieren und zu rechnen.

 

Aber dann müssen wir aufhören zu zögern. Und handeln, teilen, agieren. Wir müssen das Brot werfen und es teilen, bevor die Wolken kommen, und das Gewitter und die Raketen und die Bomben und der Terror uns zunichtemachen. Die Zeichen sind da, wir wissen, dass wir nicht noch jahrelang warten können, die Hungernden sind auf der anderen Seite des Meeres, die Boote voller Flüchtlingen sind schon am Versinken, die Welt kann nicht mehr lange warten und wir wissen es.

 

Wir haben von Jesus und von seiner Liebe gehört. Sein Weg ist der Weg der Wahrheit und der Zuversicht. Wir können aus Überzeugung handeln. Das Brot aufs Wasser werfen, mit sieben oder acht Menschen teilen. So ist es gerecht. Jeder Mensch ist von Gott gleich geliebt, jeder hat Anspruch auf ein Leben in Würde und in Anerkennung und auch auf sauberes Wasser und reine Luft.

«Wirf dein Brot auf das Wasser, du wirst es eines Tages zurückbekommen.» Hier oder später, was wir abgegeben haben kommt zu uns zurück, denn Gott ernährt uns von seiner Gnade.

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  1. 2.Naissance – Geburt

 

Eine Predigt ist wie eine Geburt. Une prédication, c’est comme une naissance. Elle se fait dans la douleur de l’enfantement et dans les gémissements. Eine Predigt kommt mit dem Seufzen und dem Wehen auf die Welt. Und dann ist sie eine echte Befreiung. Et puis elle est une véritable délivrance.

Et en attendant que la prédication vienne au jour, je lance mon pain à la surface des eaux, je jette mes mots devant moi, je les envoie, je les essaie, je les triture, je les prononce et puis ils tombent dans l’eau, fond des ronds dans l’eau et descendent jusqu’au fond.

 

Und während dieses Wehens werfe ich mein Brot ins Wasser, und die Worte in die Luft, und schicke sie weit weg, ich teste sie, ich spiele und kämpfe mit ihnen, bis sie dann aufs Wasser fallen und das Wasser macht dann schöne Kreise und die Worte gehen bis in den Grund.

«Die ganze Schöpfung seufzt und liegt in Wehen bis zum heutigen Tag», schreibt Paulus. «Auch wir selbst, die wir den Geist als Erstlingsgabe empfangen haben, auch wir seufzen miteinander und warten auf unsere Anerkennung als Söhne und Töchter, auf die Erlösung unseres Leibes.» Die ganze Schöpfung seufzt und ich auch und wir warten auf die Erlösung unseres Leibes wie auf eine Geburt. Und wir hoffen und harren aus in Geduld.

La situation des croyants est comme celle d’avant une naissance, écrit Paul, le gémissement puis les douleurs de l’enfantement. La délivrance viendra. Nous l’espérons, nous l’attendons avec persévérance. Et toujours « Lance ton pain à la surface de l’eau car un jour tu le retrouveras. Donne une part à sept ou huit, car tu ne sais pas quel malheur peut arriver sur terre. »

 

Während du auf die Geburt und auf die Befreiung wartest, «Wirf dein Brot ins Wasser, nach vielen Tagen kannst du es wiederfinden, und teile mit sieben oder acht.»

 

Gott kommt, er wird die Welt erneuern. Ich bin davon fest überzeugt. Die Menschen werden ihre Erlösung finden. Gott schafft eine Welt in Gerechtigkeit und Frieden wo jeder Mensch, klein oder gross, Mann oder Frau, reich oder arm, eingebürgert oder im Exil, seine vollen Rechte hat. Gott befreit und vereint uns, wir sind mit ihm verbunden. Als Pfarrer trage ich diese Werte und dieses Bewusstsein mit mir herum. So werfe ich mein Brot aufs Wasser, und das Wort Gottes, seine Wahrheit und seine Liebe zu den Menschen. Ich weiss, auch wenn die Worte versinken, wir werden sie wiederfinden.

 

En tant que pasteur, je lance le pain à la surface de l’eau, je jette les mots et les phrases, je parle des valeurs de Dieu, la justice, la paix, l’amour et l’espérance, la confiance et surtout le fait que Dieu aime chaque être humain, petit et grand, homme ou femme, du monde entier. Je lance mes valeurs à l’eau, et parfois je crois qu’elles disparaissent au fond du lac ou de la mer, mais Dieu me rappelle qu’un jour je les retrouverai. J’appelle au partage, à la solidarité et au courage de la vie commune, parce que je suis conscient de cet amour de Dieu.

 

Heute und morgen, und an allen deinen Tagen: «Wirf dein Brot ins Wasser, nach vielen Tagen kannst du es wiederfinden.» Du musst nicht Pfarrer oder Pfarrerin sein, und auch nicht fromm und besonders gläubig. Du kannst dein Brot werfen und teilen, von der Liebe und der Zuversicht leben, für die Freiheit und den Frieden kämpfen. Wirf immer wieder deine Worte in das Wasser und zögere nicht auch am Tag des Seufzens und des Wehens aber wirf, gib, teile und freue dich auf das Leben und auf die Gnade, die dir Gott gegeben hat.

 

Faisons ce que nous pouvons, juste ce que nous pouvons, là où nous sommes, mais faisons-le. Lancer notre pain, donner une part à un autre, semer, aimer, mais aussi, dénoncer les mensonges et les injustices, dire notre révolte face à la misère et aux morts innocentes, crier notre douleur lorsque nous nous sentons impuissants. L’accouchement se fait dans la douleur, pour nous aussi, car Dieu veut nous transformer et faire de nous des hommes et des femmes nouveaux, libérés, engagés, courageux, prêts à lancer notre pain à la surface de l’eau, à partager et à espérer, et à confier à Dieu le soin d’accomplir son ouvrage.

 

Die Befreiung wird kommen, Gott wird uns allen nahe sein, er wird die Welt heilen und alle werden ihn sehen und an ihn glauben. Diese Gewissheit gibt uns die Kraft, den Boden nicht zu verlieren, und weiterhin Brot zu werfen, die Liebe Gottes zu verkündigen und an sein Reich zu weisen.

 

La naissance viendra un jour, la délivrance sera là pour tous, Dieu sera tout en tous, et nous près de lui, en lien, en communion en amour total avec lui. Nous ne savons pas quand il viendra, ni comment, mais nous croyons qu’il viendra, délivrer la terre, guérir ce monde de misère et racheter cette humanité qu’il aime tant. En attendant, c’est avec confiance et reconnaissance que nous lançons notre pain sur la surface de l’eau.                                               

 

Amen

 

 


 

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu » (Matth.6, 33)

J’aimerais voler. J’aimerais voler comme un oiseau. Regarder de haut la terre et les gens, être léger, aérien. Aller là où le vent me mène. Chanter, voler, voir tout le monde. Picorer ici une graine, puis repartir. Là manger une noisette, ou encore un petit pépin.

J’aimerais voler comme un oiseau, sans craindre ni le froid ni le chat. M’élancer vers le soleil, me réjouir de l’air et des grains. Voler comme un oiseau. Sentir l’air qui est là. Trouver ce qu’il faut pour vivre, le grain et l’eau, les plumes, les compagnons, la joie. J’aimerais être insouciant du lendemain, léger et siffler devant moi

*          *          *

Mais voilà. Je suis un homme, lourd, grand. Incapable de m’arracher de la terre, incapable de m’extraire de mes soucis, du manger et du boire, de ce qui demain sera. Je n’arrive pas à lâcher l’attention, je veux contrôler et prévoir, faire des réserves, et des prévisions.

Je calcule, je compare, je prévois, je respire. Je me demande, je me tourmente, car jamais je ne suis sûr si vraiment rien ne me manquera. Je me tourmente, je me morfonds. Je suis inquiet, je me lamente. Ma vie devient une prison. L’avenir une menace.

Le souci du ciel et de Dieu c’est pour la fin des temps. Je fais le grand écart. Je me sens coupable et Dieu me fait peur.

*          *          *

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu »

Dieu me donne la vie ! Je suis un homme voulu par Dieu. Sa grâce me fait vivre. Il me porte. Il me fait aérien, spirituel. Je recherche le sens, son esprit, sa force, sa présence.

Je suis souffle. Je me sais souffle. Je suis fragile. Mais je suis aussi comme un miroir du divin et entouré de la grâce de Dieu. Je peux vivre libre !

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Chercher le royaume de Dieu et sa justice. Chercher le lien avec lui, le sens pour ma vie. Me tourner vers lui, vers la profondeur de sa vérité, vers l’intensité de l’amour, vers la justice et la paix. Je veux être conscient de sa présence.

Vivre le royaume de Dieu. Me sentir léger comme un oiseau, filant dans les méandres de l’air, porté par les doigts de Dieu, vers le soleil, aimé, animé et rempli de son esprit.

Dieu nous aime. Cette certitude est au plus profond de moi. Dieu aime chacun de ses enfants. Il porte toute sa création d’un même amour, d'une même justice. Il nous regarde avec tendresse. Il nous a créés à son image.

Chercher le royaume et la justice de Dieu. Et crier sans nous ménager : Tous les êtres humains sont les enfants de Dieu. Tous sont aimés, tous sont voulus par Lui. Crier ce choix de Dieu pour tous les hommes et toutes les femmes. Je dois m’ériger avec force contre ceux qui veulent établir des privilèges et qui discriminent les faibles. Me révolter lorsque les mieux lotis font la loi au détriment des petits.

Dieu nous aime tous, il nous offre un même salut, chacun a la même valeur aux yeux de Dieu. Et le pain et l’eau et le vin et les vêtements nous sont donnés en surcroît. Rendons justice aux pauvres, aux opprimés, aux persécutés, aux petits de ce monde.

Notre lien avec Dieu est offert, donné, établi. Nous ne devons pas faire de sacrifices pour cela. C’est son alliance avec le monde, avec nous. Une alliance par l'air et le ciel, le soleil et la pluie, les hommes les femmes, tous les peuples de la terre, les animaux, les arbres, les buissons et les fleurs. Tous vers Dieu, avec Dieu, face à Dieu.

Il nous regarde tous comme les membres de son royaume. Nous sommes tous appelés à être les porteurs de sa justice.

*          *          *

« Cherchez d’abord le royaume et la justice de Dieu » (Matthieu 6, 33)

 

  1. 1.Ce n’est pas une recette

Pas un truc pour le débarrasser de nos soucis. Le texte donne plutôt un miroir de notre attitude, de nos craintes, de nos inquiétudes, qui nous apparaissent légitimes, mais qui souvent nous paralysent.

« Les oiseaux des cieux et les fleurs des champs vivent dans le présent. L’instant présent, si douloureux soit-il, n’est jamais insupportable. Ce qui est insupportable, c’est de s’imaginer qu’il va se prolonger dans les cinq minutes ou les cinq jours. Les oiseaux et les fleurs sont bénis, car ils n’ont aucune notion de l’avenir, il n’y a aucun discours dans leur tète, ils ne s’inquiètent pas de ce que leurs semblables pensent d’eux. C’est pour cela qu’ils sont des images si parfaites du Royaume. »

Se fixer sur le royaume de Dieu.

(DEMELO)

  1. 2.Nous sommes souffle

Souffle et non seulement matière, car la vie nous dépasse. Elle coule et s’écoule, air et lumière. Elle est don et grâce, elle nous permet d’être en lien avec Dieu et avec son esprit.

Nous pouvons reconnaître le souffle, l’accepter. Cultiver le souffle fragile et éphémère, mais éternel et vivant devant Dieu.

Nous ne pouvons pas tout planifier, nous ne pouvons pas tout contrôler. Nous sommes appelés à vivre et à laisser couler la vie en nous.

  1. 3.Notre souffle est en lien avec le souffle de Dieu

Nous sommes appelés à chercher ce lien avec Dieu. Ce lien fait d’harmonie, de vibrations, de rencontre, d’intimité, de proximité. Nous pouvons nous laisser couler ou abandonner dans ce lien. Ce lien nous permet de reconnaître en tout souffle le souffle de Dieu. Tout être humain, mais aussi toute vie est souffle de Dieu, sa créature.

  1. 4.Le changement commence à l’intérieur de moi.

Ce changement du regard. Une compréhension qui se fait en profondeur. C’est à cela que nous entraîne la parole de Dieu.

Il ne s’agit pas de faire un effort. Ce n’est pas un souci de plus, mais l’appel à nous orienter autrement. Une prise de conscience, du souffle et de l’espérance. De ce souffle qui donne à tout l’univers, sa force et son sens.

La parole du Christ est un don qui me permet de percevoir la vie avec des yeux neufs. Cela me transforme de l’intérieur. Lorsque la parole de Dieu résonne en moi et que je fais cette prise de conscience. Lorsque je la fais résonner, la laisse m’habiter, même lorsque je ne la comprends pas, que je me heurte et je me confronte, que je me dispute même avec cette parole. C’est là, dans cette confrontation et face à cette incompréhension que Dieu ouvre une brèche en mon être profond. Il fait jaillir sa vie, sa puissance son élan et c’est de là que jaillit un profond cri :

Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, tout le reste vous sera donné par surcroît.

Amen


 

 Pentecôte, Dieu s’infiltre dans nos vies (Actes 2)

 

 

Dans toute relation il y a un secret ou un mystère. Nous ne pouvons pas saisir l’autre, nous ne pouvons pas savoir tout sur lui ou elle, nous ne ressentons pas ce qu’il vit. Nous ne pouvons pas comprendre totalement tout ce qu’il est et ce qu’il veut dire et laisser paraître.

 

Même lorsque la communication est bonne et qu’elle est pleine de complicité, d’amour et d’entente, l’autre reste un mystère pour moi. Parfois je m’énerve de ne pas le comprendre ou au contraire, je m’émerveille de le ou la découvrir sous un jour nouveau et merveilleux. Le mystère de la vie et de la relation nous incite toujours à nouveau à communiquer, et à nous parler.

 

Il en va de notre relation avec Dieu comme de nos relations avec les humains : Malgré la Bible, «la Parole de Dieu », malgré Jésus-Christ qui communique les intentions de Dieu malgré les 10 commandements. Malgré Pentecôte et le don de l’Esprit. Dieu garde son secret, il est insaisissable.

Et pourtant, la Parole de Dieu est compréhensible. Il l’adresse à chacun dans sa propre langue.

 

*                     *                       *

 

Dans toute communication l’autre reste un mystère. Il ou elle me parle, je l’entends, je le comprends, je lui parle, mais jamais je ne peux le saisir ou le posséder.

Il m’arrive de penser que je connais quelqu’un. Je l’enferme dans une image, un rôle, un discours ou une théorie. Je dis : « Vous savez, c’est celui qui pense ceci ou cela, c’est celle qui se plaint toujours, c’est lui qui raconte des mensonges, » etc. Lorsque j’ai de tels préjugés, je le réduis à un objet .... Et c’est la fin de la communication.

 

Il en va de même de la communication avec Dieu. Nous avons reçu son message. La Bible nous parle de lui, les prophètes, les apôtres et surtout Jésus-Christ nous rendent le témoignage de son amour et de sa volonté de libération. Et pourtant, vous le savez bien : Dieu reste un mystère, insaisissable, insondable, malgré la Bible et Jésus-Christ.

Parfois je suis sûr de connaître la vérité, je pense que ma vérité est bien plus juste que celle des autres. J’enferme ainsi Dieu dans une théorie ou dans une doctrine, je pense qu’il y a une seule manière de croire, une seule manière d’être chrétien. Emprisonner Dieu dans une manière de croire, c’est la fin de la communication avec lui, c’est la fin de la foi.

 

     *                    *                        *

 


« Comment se fait-il que chacun de nous entende dans sa langue maternelle annoncer les merveilles de Dieu », s’exclamaient les auditeurs le jour de Pentecôte, lorsqu’ils entendaient Pierre parler de Jésus. Voilà qu’un Galiléen parle en galiléen, et tous le comprennent dans leur propre langue. Ils sont tous étonnée. Ils sentent que le message de Dieu leur est accessible, compréhensible. Quel soulagement, quel réconfort, quelle joie.

 

 

Dieu s’adresse à moi dans ma langue. Je l’entends dans ma langue maternelle, dans mon dialecte. Là où je suis chez moi, là où j’ai mon cœur, où s’expriment mes premiers souvenirs. Cette langue dont je connais l’accent, dont je comprends les mots sans devoir me forcer. Je n’ai pas besoin de réfléchir pour comprendre. Je me sens tout de suite à l’aise.

 

 

Questions à partager :


Quelle est votre langue maternelle ?
Dans quelle langue vous entendez le message de Dieu ?

 

 

 

Dieu s’adresse à moi, tel que je suis, sans préalable, sans que je doive apprendre sa langue, sans que je doive consulter un dictionnaire, ou étudier un livre de théologie. Dieu se fait comprendre là où je suis chez moi, dans ma langue maternelle. Je peux l’entendre dans mon intimité, dans mes doutes et mes questions, mon malaise, ma faiblesse, ma vulnérabilité, ma fragilité, C’est là qu’Il est ! A Pentecôte l’Esprit de Dieu prolonge l’œuvre du Christ. Dieu s’infiltre dans le monde. Il vient à ma rencontre, il s’infiltre dans ma vie, sans préalable, sans conditions, il vient dans mon cœur, au plus profond de mon être.

 

 

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Dieu aime sa création et tous ceux qui la peuplent. Il nous le dit à chacun, à chacun dans sa propre langue. Il veut nous faire connaître son message. La vie est un don, l’amour est plus fort que la mort. Nous sommes créés libres, nous sommes là pour vivre et aimer, pour connaître la vérité et la joie. Dieu nous ouvre à une vie intense ici-bas et il nous promet son salut. Dieu nous veut heureux et il souhaite nous associer à sa création. Une création où chacune à sa place et son rôle, quel que soit sa langue.

 

 

Conséquences


1. Jésus nous libère tels que nous sommes. Il n’y a pas de conditions pour recevoir l’esprit du Seigneur. Il ne nous demande pas de changer. Il nous accepte tels que nous sommes, Il veut nous pénétrer et nous transformer de l’intérieur. Nous n’avons pas à nous sentir coupables, mauvais, médiocres ou en faute. Il nous accepte, il nous aime, il veut que chacun, chacune ait un lien avec lui. L’esprit s’infiltre auprès de chacun. Son amour nous touche tous, nous guérit tous, nous transforme tous. Quel sentiment de libération, quelle joie, quelle reconnaissance !

 

2. Dieu nous donne une immense liberté. Nous pouvons aimer Dieu comme nous le sentons, comme nous le souhaitons, à la mesure de nos forces et de notre disponibilité. Chacun est appelé à user de sa liberté d’enfant de Dieu, et à agir comme il sent le mieux l’amour, la confiance, l’espérance et la vérité.
Vous êtes baptisés, vous êtes libres. Vous avez reçu l’amour de Dieu, vous avez exprimé votre foi et votre engagement face à Lui. Et maintenant, allez, aimez, comme Dieu vous le pousse à vivre.

 

3. Souvenons-nous aussi que Dieu reste surprenant et qu’il vient là où nous ne l’attendons pas, et de manière imprévisible. Gardons la porte ouverte à la curiosité et à la sensibilité au mystère de Dieu et de la vie. Alors, n’enfermons jamais Dieu dans un système.
Mais aussi : n’enfermons personne ni dans un système, ni dans une théorie ou dans des préjugés. Ne jugeons pas, ne cherchons pas à changer les autres, mais réjouissons-nous de la multiplicité de la vie et des formes de la grâce de Dieu.

 

4. Réjouissons-nous de la diversité des langues et de la possibilité de communiquer, de parler, d’écouter, de se traduire et de se comprendre.
Réjouissons-nous que Dieu s’infiltre dans nos existences pour s’adresser à nous tels que nous sommes, dans notre langue, avec nos mots. Il nous dit son amour et sa grâce, il nous invite à le suivre, sur le chemin de la vie et de sa belle création. Que son esprit nous accompagne.

 

Amen

 


 « L’alliance de Dieu est inscrite dans notre cœur »

Jérémie 31

 

Introduction : L’alliance de Dieu est inscrite dans notre cœur, dans notre conscience, dans notre être. Dieu est présent en nous. Il grave Ses directives, Sa volonté, la conscience de son amour et de notre appartenance à lui dans notre chair, au plus profond de notre être.

C’est ainsi que se caractérise l’alliance nouvelle. C’est l’alliance d’hommes et de femmes, de sœurs, de frères, de compagnons, de compagnes. Une alliance où tous reconnaissent en Jésus le messager de Dieu qui a annoncée la vérité de Dieu aux hommes.

Le lien avec Dieu n’est plus un lien de distance et de crainte, mais en Jésus-Christ il est devenu un lien de proximité et d’amour. Dieu nous révèle son intention et sa vérité.

 

*                        *                       *

Au temps des origines, du temps de l’Ancien Testament, Dieu avait pris nos pères par la main comme des enfants. Il les a lui-même sortis d’Egypte, sans leur demander leur reste, sans qu’ils le veuillent vraiment. Il leur a donné les 10 commandements et établi l’alliance avec Moïse.

Mais le peuple a rompu l’alliance. Comme des enfants qui ne comprennent pas le pourquoi. Ils ne voyaient pas que l’intention de Dieu était de les sauver. Les hommes jouaient avec la loi, incapables de distinguer le vrai du faux, Dieu des idoles.

J’inscrirai ma loi dans vos cœurs – dit du Seigneur au prophète Jérémie -. Elle sera gravée, précisée, comprise. Ma présence vous habitera et je serai là. Mon amour fera partie de votre vie, de votre être, de votre vous-même. Je serai Dieu pour vous et vous serez mon peuple.

Je ne serai plus votre régent. Je ne serai pas celui qui vous surveille. Je ne serai pas une simple image, une icône, une idée, une loi. Et vous ne serez plus des enfants qui suivent la loi par crainte ou par routine. Vous serez des hommes et des femmes libérés, libres, appelés à me suivre et reconnaissant de notre lien.

Je serai là dans vos cœurs – oracle du Seigneur – et vous me connaîtrez. Et moi, je vous connaîtrai aussi.

 

*                      *                               *

 

Jérémie prophétise une alliance nouvelle qui réunit hommes et femmes, d’ici et d’ailleurs et des extrémités de la terre. Les hommes et les femmes d’aujourd’hui et de tous les temps sont unis en Jésus-Christ, ils sont inclus dans un même amour, l’amour de Jésus et du Père. Quelle belle vision d’amour. Jésus est tout en tous. Dieu est présent à travers le crucifié.

L’alliance est dans nos cœurs. Dieu est là au plus profond de moi, dans mon cœur, dans ma chair, dans mon âme. Dieu inscrit son amour en moi. Sa vérité m’habite. Elle prend corps. Elle me prend, elle me transforme. C’est dans mon cœur, dans ma chair, dans ma profonde intimité, c’est là que se vit, et que se joue mon lien avec Dieu. Là qu’il m’illumine et que je peux vivre dans la joie la foi, l’espérance et l’amour.

Dieu me ressource. Le jaillissement de l’amour et de la vérité se font à l’intérieur de moi. Et moi je suis appelé à agir en conséquence de ce lien. Si je témoigne de ma foi, lorsque j’agis par amour et par solidarité, lorsque je m’engage dans la communauté, je le fais toujours comme une conséquence de l’amour reçu de Dieu. Ce sont les fruits, des semences de ce monde nouveau.

Il n’y a plus cette crainte de bien faire ou de ne pas mal faire, plus d’obligations ni de devoirs face à Dieu, plus de distance non plus. Je sais qu’il m’aime et à cause de cet amour, je me sens proche, je peux l’aimer et aimer ceux qu’il me donne de rencontrer.

 

*                        *                           *


Jésus-Christ inscrit sa chair dans notre chair. Il vient dans notre vie. Dans nos tourments, dans nos doutes et dans notre fragilité il nous illumine de sa lumière. Son amour, sa vérité sont inscrits dans nos cœurs, nos tripes, nos esprits. Jésus nous révèle ainsi la gloire de Dieu, sa présence sur terre, son amour parfait. Il le fait de l’intérieur, comme un don à travers lequel il veut nous faire croître.

Dieu ne nous prend pas par la main. Mais Il nous appelle par notre nom et il nous invite à suivre Jésus, à nous mettre en route, comme des filles, des fils libres, décidés, prêts à cheminer avec lui, à aimer avec lui, à croitre avec lui, à espérer et à apporter l’espérance.

Dieu ne veut pas nous tirer de force. Mais nous appelle à la vie, à la libération, à l’espérance. Il nous conduit. Il nous incite à être nous aussi des créateurs, des créatrices, des d’amour, de vérité, d’espérance. Et ainsi de cheminer incessamment avec lui, avec persévérance. Nous sommes avec lui dans la joie et la confiance, avec lui, les porteurs, les porteuses de sa promesse et de sa grâce. C’est ainsi qu’il se révèle et qu’il nous délivre.

 

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« Exaudi, Seigneur écoute-nous. » Aujourd’hui, c’est le dimanche entre l’Ascension et Pentecôte, entre le moment où la présence physique et matérielle de Jésus a disparu et le don de l’esprit de Pentecôte. Dans ce moment de vide et de vulnérabilité : « Ecoute-nous Seigneur ! » Dans notre vie, faite de souvenir et d’attentes, de doutes, de peur et de fragilité et également de lumière et de grâce : « Ecoute-nous, Seigneur ».

Dieu vient inscrire en nos cœurs sa présence. Il ne le fait pas comme une main ou une béquille qui nous tirerait d’affaire, mais il nous offre une force de l’intérieur qui nous met en mouvement, chacun de manière autonome, vécue, censée. Il nous met en mouvement dans cette création qu’il aime tant et qu’il veut nous faire aimer aussi. Il nous appelle à participer avec lui à ce projet de vie et d’amour qu’il a si bien qualifié :

« Que tous soient uns comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi. Qu'ils contemplent la gloire que tu m'as donnée et que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, et moi en eux. » (Jean 17)

 

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En conclusion


Vous allez peut-être me dire : c’est bien beau tout cela, mais que puis-je faire, que dois-je faire ? Surtout : que puis-je faire quand je suis triste, découragé, désespéré. Alors voici quelques petites suggestions :

 

1. Si nous avons des soucis ou de problèmes : N’attendons pas de Dieu des béquilles, ou des solutions miracles. Mais sachons qu’il nous accompagne, qu’il est près de nous, dans nos doutes, notre souffrance, notre fragilité, au cœur de nos existences et de tous ces moments.
Souvent il est présent à travers des amis qui nous écoutent, qui prennent soin de nous, qui nous donnent des signes de tendresse. Alors ne restons pas cloitré dans notre tristesse, mais ouvrons-nous aux autres.


2. Ne croyons, ne pensons jamais que nos problèmes sont des punitions de Dieu. Ce n’est pas ainsi que Dieu agit. Lorsque nous allons mal, n’ajoutons pas au mal des remords ou de la culpabilité. Mais disons à Dieu que nous ne comprenons pas, et demandons-lui qu’il nous aide.


3. Ne nous infligeons pas de devoirs ou des obligations face à Dieu et face aux autres, comme si ces obligations allaient nous sauver et nous rendre la vie meilleure. Si nous agissons, faisons-le avec conviction et joie, par reconnaissance, par amour.


4. Prenons le temps de nous laisser habiter par Dieu. Chacun à sa manière, par le silence, des promenades, des méditations, des lectures, de la solitude, parfois aussi dans l’écoute et la discussion. Soyons debout devant lui, face à lui, ouverts, réceptifs, adultes, prêts à nous mettre en mouvement.

 

Amen

                   


 

 Limpidité (Ex 24, 9 – 11)

 

Tout est clarté, tout est transparence. Limpide comme le fond du ciel. Un pavement de lazulite pur. Moïse, Aaron, Nadav, Avihou et les anciens d’Israël voient Dieu au-dessus de ce pavement limpide et pur. Ils le contemplent. Ils n’ont pas peur, car contrairement à ce que l’on craignait alors, ils ne vont pas mourir. Alors ils mangent et ils boivent.

Les hommes voient Dieu par-delà les pierres précieuses. Ils le contemplent au-dessus du pavement limpide et pur, au-delà du fond du ciel. Les hommes ne meurent pas, mais ils mangent et ils boivent. Ils célèbrent ainsi leur rencontre en présence de Dieu et concluent l’alliance avec Lui.

Tout est clair, pur, limpide. Les pierres sous les pieds de Dieu, le fond du ciel, une lazulite transparente. Dieu se révèle à Moïse et aux anciens d’Israël. Les hommes contemplent Dieu, le ciel, la pureté claire et limpide du fond du ciel. Ils ne sont pas frappés, ils ne meurent pas. Ils concluent l’alliance. Ils mangent et ils boivent en présence de Dieu.

La vision est majestueuse. Dieu et sous ses pieds un pavement de lazulite semblable au fond du ciel. Le Dieu d’Israël est visible. Il est séparé des hommes par une construction de pierre précieuses. Les hommes le contemplent. Il est au-delà du ciel, ils le voient à travers la clarté du fond du ciel.

 

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On ne sait pas si le pavement qui est sous les pieds de Dieu est fait de saphir ou de lazulite. Le mot hébreu utilisé, « saphir », est traduit tantôt par saphir et tantôt par lazulite. Toutes deux sont des pierres précieuses d’un bleu profond et intense. Le saphir est translucide et permet de voir à travers, alors que le lapis lazuli est totalement opaque. Si le pavement est composé de saphir, il laisse transparaître ce qu’il y au-dessus, en l’occurrence Dieu et sa majesté. En revanche, s’il est fait de lazulite on ne peut pas vraiment voir le Dieu d’Israël.

La question reste ouverte, mais le texte insiste sur la clarté et la transparence. Dieu se donne à voir. Il est au-delà du ciel, au-delà de nos pavements et de nos écailles. Il dépasse de loin nos miroirs et nos représentations.

Voir Dieu ne signifie pas mourir. La vie recommence sous le regard de Dieu. Dans une nouvelle perspective. Les hommes mangent et boivent pour celer cette alliance.

 

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Pierre, Jean, Marie, Madeleine et les autres disciples ont vu la croix plantée au sommet du Golgotha. Une croix noire sur un fond de couleur. Ils ont vu le rouge et la violence, le sang qui se mêle au ciel. La mort et le soleil obscur. Les disciples ont vu la croix, ils ont vu la souffrance, mais ils ne sont pas morts.

Au-delà de cette souffrance, ils ont vu, comme en transparence, les couleurs de Pâques, de la résurrection et de la vie. Jésus a transformé en arbre de vie la croix rigide et noire. En Lui elle devient porteuse de fruit.

Le noir et le gris, le brun et le rouge, le sang et la mort sont traversés de lumière. La clarté transperce le mal. Dieu est présent, il rayonne au fond de nos tombes et de notre mort. Les corps de terre et de boue deviennent transparents. La résurrection les transperce comme une promesse. Christ vient. Dieu est lumineux.

2017 et le mal est toujours présent. Des hommes et des femmes connaissent la violence et la guerre, certains doivent fuir et meurent sur la route de l’exil, d’autres sont humiliées et exploités. Et nous avons peur aussi, de la violence gratuite qui éclate sans préavis et qui nous meurtrit. L’enchainement de la souffrance n’a pas de fin.

Et pourtant, nous croyons que Dieu est présent au cœur de notre monde. Dans la souffrance et malgré la souffrance, à travers le mal et la douleur, rayonne la lumière du ressuscité. Il est là au cœur du mal, dans nos fragilités, dans nos blessures et notre désespoir. L’opacité est vaincue, Dieu guérit l’humanité. Sa lumière éclaire d’un jour nouveau sa création.

 

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Corps de lumière, transparent. Corps donné aux disciples et à nous aussi. Chair offerte pour la communion et le pardon de tous. Le repas du Christ scelle l’alliance nouvelle, celle de la libération et du monde nouveau. Les humains de tous les horizons sont invités. Dieu nous associe à la vie nouvelle, C’est un même chant, une même lumière d’espérance. Le pain et le vin sont donné à la multitude, comme gage d’éternité.

Le pain, le vin. Nous mangeons et nous buvons. Au-delà des apparences nous savons qu’il est présent parmi nous. Tu nous vois, Seigneur. « Du siehst mich ! » - c’est le thème du Kirchentag. Pour dire que Dieu prend soin de chacun de nous, il nous accompagne. Il nous associe à cette vie nouvelle. Il nous invite à porter là où nous sommes, son amour et sa vérité, à participer à son œuvre de renouveau et de guérison.

Moïse a vu le Dieu d’Israël au-delà du ciel limpide, les disciples ont reconnu Jésus lumineux vivant. L’histoire se renouvelle. Dieu nous permet de voir sa présence de lumière au-delà de la souffrance et de la mort. Par-dessus le noir et la souffrance, au-delà de la transparence du fond du ciel. La clarté de la vie nouvelle jaillit à la lumière de Pâques. Nous mangeons et nous buvons, nous sommes associés à lui et aux croyants du monde entier.

 

Amen


 

Le signe de Jonas (Matthieu 12, 38-40)

« Il ne sera pas donné d’autre que le signe du prophète Jonas.

Comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits,

ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. »

 

Lorsque Jésus a parlé du signe de Jonas, ses auditeurs ont été bien étonnés. Que veut-il dire avec cette vieille histoire d’un petit prophète qui s’est fait avaler par un gros poisson pour être recraché trois jours plus tard sur le rivage ?

Jonas, son nom signifie colombe. Il est la colombe de la promesse de paix. Il est sans le savoir celui qui annonce la vie nouvelle en Jésus ressuscité.

L’histoire de Jonas, c’est l’histoire d’un passage. Le passage d’une vie tranquille, assurée, régulière d’un petit prophète en Israël à une vie de mouvement, d’engagement, de promesse et de passion. Un passage douloureux, anéantissant, étouffant, angoissant. Trois jours dans le ventre d’un gros poisson, trois jours au fond de la mer. Et puis, il se fait recracher « tout nu » sur le rivage.

C’est le passage de la vie ordinaire à la vie nouvelle, libérée et en mouvement. Le passage d’une vie terne sans surprises à une vie de renouveau et d’engagement. Le passage à travers la disparition et la mort, vers une existence pleine de vie et de sens.

Le signe de Jonas, c’est bien sûr d’abord Jonas qui sort de l’eau et qui renaît à la vie. Mais c’est aussi la spectaculaire repentance des habitants de Ninive, qui, le roi en tête, demandent le pardon. Mais ce signe indique bien plus encore : Dieu revient sur ce qu’il a annoncé : il ne détruit pas Ninive, mais il sauve la ville. Dieu n’est pas celui du jugement, mais il est le Dieu du pardon et de la grâce.

 

jonas

 

Pour Jonas, ce passage n’a pas été facile. Ni dans le poisson et dans l’eau, ni lorsqu’il a été à Ninive annoncer le jugement de Dieu. Il a vécu et participé à une profonde transformation. La sienne, celle des habitants de Ninive, celle de Dieu aussi. Jusqu’à la fin Jonas n’a pas compris qu’à travers son histoire, c’est le pardon et la libération du monde entier qui étaient annoncés.

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« Il ne sera pas donné d’autre que le signe du prophète Jonas. Comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. »

Le signe de Jonas, c’est de passer trois jours dans le sein de la mer, ou dans le sein de la terre. Puis repartir, vivant, délivré, ressuscité. Partir pour aller annoncer le jugement et surtout le salut. Le signe de Jonas est un signe de vie, de résurrection et d’engagement.

Le signe de Jonas. Ce n’est pas le miracle que réclamaient les pharisiens. Mais ce signe est un message. Il n’y a pas d’autre signe, il n’y a pas de démonstration, car ce signe porte un message fort au service des autres. Il est porteur de la promesse de Dieu, du renouveau, du pardon, de la vie nouvelle.

Il ne sera pas donné d’autre signe que celui de Jonas. Il n’y aura pas de miracle pour prouver que Jésus est Dieu, pas de démonstration de force, pas de blingbling spirituel. Mais ce signe. Jésus passe de la mort à la vie, Jésus délivre les hommes et les femmes de toutes les nations. Il les sauve. En Jésus-Christ Dieu offre son pardon au monde entier.

Le signe de Jonas, c’est le passage d’une religion marquée par le jugement et la punition, à une foi faite de confiance en Dieu, en son pardon, en son renouveau. Dieu a changé : il n’est pas le Dieu du jugement, mais celui de la grâce et du salut.

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Le signe de Jonas. Il est trois jours dans un poisson au fond de la mer, puis il est recraché. Un passage. De la vie à la vie nouvelle. De la vie, à la mort et à la vie nouvelle. Ce n’est pas une partie de plaisir, ni de mourir, ni de ressusciter. Mais il s’agit d’une transformation. Jonas l’a faite un peu sans s’en rendre compte, en montrant toutes sortes de résistances. Il a été un prophète à notre image.

Un passage, une mort, un silence, la vie nouvelle. Jésus nous transforme. Le signe de Jonas, la résurrection nous ouvre sur une vie nouvelle. Il n’est pas facile d’être transformé, pour nous non plus. De nous laisser entrainer dans un poisson, au fond de la mer, au fond du trou peut-être, dans une remise en question fondamentale de notre vie. Pour être ensuite recrachés, à nouveau, vivants, mais nus et sans défense sur le rivage de la réalité.

Lorsque nous rencontrons Jésus, nous plongeons aussi, dans un certain sens. Dans l’anéantissement et la mort. La vie d’avant est terne et sans qualité. Elle ne porte ni sens, ni espérance. Ni goût, ni intensité. Trois jours et trois nuits sous terre dans la nuit, parfois bien plus, mais lorsque nous en sortons, nous sommes transformés par le Christ, nous sommes renouvelés, libérés, sur le chemin de Jésus, en mouvement avec lui. Dans une vie intense, une vie de lumière de confiance et de reconnaissance. Nous sommes en confiance devant Dieu, en lien avec lui, dans la joie d’une communion profonde avec lui. Nous sommes conscients de son pardon, du salut offert et de son amour.

Le signe de Jonas est un signe d’eau, le passage à travers l’eau et la découverte d’une vie libérée. Le baptême que nous avons célébré est aussi un signe d’eau. Pas un miracle, mais un signe qui porte la vie nouvelle.

Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie, écrit Paul dans l’épître aux Romains.

Le signe de Jonas est notre signe à tous, à toi petit Evan, à chacun de nous, le signe de ce passage de la mort à la vie nouvelle en Jésus-Christ, et du pardon que Dieu nous accorde en lui.

 

Amen


Dimanche 7 mai  2017

Prédication de Marco Pedroli   
Pasteur de la Communauté

 

Un feu qui brûle au-dedans de nous.

(Les disciples d’Emmaüs, Luc 24)

 

« Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait ? », se disaient les disciples après leur rencontre avec Jésus.

Un feu qui brûle au-dedans de nous. Un feu, une chaleur. Tout leur corps est pris. Leur personne toute entière. Ils sont à côté de Jésus vivant. Ils le sentent, mais ne le reconnaissent pas.

Le feu est le symbole de la force, de la puissance, de la passion. Le feu est toujours mystérieux, imprévisible, beau, chaud, vigoureux.

Lorsque nous nous sentons près de Jésus, c’est aussi comme un feu qui brûle au-dedans de nous. Une lumière. Une chaleur d’amour. Une force qui pousse à l’engagement. Un désir intense d’être avec Dieu.

C’était comme un feu qui brûle au-dedans des disciples. Le feu de la rencontre avec Jésus. Une lumière qui remplit leur corps, leur esprit, toute leur personne.

Le feu de Dieu. Cette chaleur immense qui nous habite au plus profond nos émotions. Jésus est ce feu qui donne le goût à la vie et à la rencontre des autres. Cette force qui nous met en marche.

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Jésus leur parle, et tandis qu’ils se souviennent de ce qui s’est passé, ils sont comme rempli d’un feu. Ils auraient tant aimé croire que Jésus soit toujours vivant. Que la croix avait été un cauchemar. Que sa mort n'était pas vraie. Que sa souffrance une illusion. Ils auraient tant voulu croire que ce que les femmes leur avaient raconté soit vrai.

Mais ils sont attachés à la réalité. Celle de la mort, de la souffrance, de l'esclavage sans fin. Leurs yeux sont cloués au sol, ils ne voyaient pas d'issue, pas de libération….

Et c’est au moment où Il leur échappe. Au moment du signe aussi, celui du pain rompu qu’ils Le reconnaissent, ils Le savent vivant. A partir de cet instant plus rien ne les arrêtera, et ils proclameront partout que le Seigneur est vivant.

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C’est Pâques. Nous voulons croire que c’est vrai : Jésus ressuscité, la vie nouvelle en lui. Christ, ce monde de paix, d'amour et d'espérance. Mais force est de constater que la vie reste la vie. Que la mort est toujours présente. Que la violence et la guerre sont des réalités avec leurs cortèges de souffrance, d'errements et de mort. Nous ne pouvons pas nous empêcher d'avoir à l'esprit ceux qui aujourd'hui souffrent, meurent, doivent fuir, ont peur, sont désespérés.

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Pour les disciples, le chemin d'Emmaüs est tout sauf un chemin de Pâques. C'est un chemin de tristesse, de deuil, d'angoisses aussi. Lorsqu’ils entendent parler le mystérieux compagnon, ils sont tristes. Mais ils aiment entendre l’histoire de Jésus de Nazareth. Et voilà au moment de se quitter, ils le reconnaissent. Ils ont la certitude d'une présence. Cette rencontre ne sort pas les disciples de la réalité. Elle n'efface pas l'horreur de ce qui se passe, mais elle ouvre sur une réalité autre, et qu’elle donne à la souffrance une autre perspective. Lorsqu’ils le reconnaissent, au pain rompu, la vie s’ouvre et ils iront partout, proclamer le Seigneur est vivant

* * *

Le Christ ressuscité, le Christ vivant. Il est vivant pour nous, pour chacun de nous. C’est la promesse, d’éternité, de paix, de proximité avec Dieu pour chacun de nous et pour les hommes et les femmes du monde entier. C’est la réponse de Dieu et de la vie face à la mort et à l'injustice.

Le cri de Pâques : « Le Seigneur est vivant » est avant tout un OUI aux valeurs de Jésus-Christ. Un Oui à l’amour et à la vérité, qui sont les antidotes à la violence et à la guerre, à la souffrance et à la mort. Pâques indique la présence de Dieu dans nos souffrances, nos deuils, notre solitude. Le oui de Dieu proclame la délivrance et l'espérance.

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Notre vie est faite de ces deux réalités, si j’ose le dire ainsi :

D’un côté il y a nos questions, nos peurs, nos projets et nos espoirs. Nos propres cheminements de détresse, de solitude et de désespoir.

Et de l’autre côté la présence de Jésus. Nous ne le reconnaissons souvent pas. Il reste mystérieux et invisible. Pourtant Jésus est comme un feu qui nous touche au plus profond de notre être. Il est vivant parmi nous, présent. Il nourrit notre espérance, notre attente de la promesse de vie nouvelle.

Comme les disciples sur le chemin de Emmaüs, nous sommes là avec ce compagnon mystérieux qui nous rappellent que Dieu nous aime et qu’il est fidèle. Il partage le pain et crée ainsi une nouvelle communauté. Son pain qui a le goût profond de la vie.

Assemblée communautaire

Lorsque nous le cherchons, et que nous nous imaginons qu’il doit venir et comment il doit venir, Dieu n’est pas là, il est si loin. Et voilà, c’est bien souvent lorsque nous ne l’attendons pas que Jésus vient. Il nous surprend et nous répond alors que nous n’attendons plus rien. Nous sommes accompagnés même lorsque nous ne le voyons pas et que nous ne le comprenons pas. Même lorsque la vie est compliquée. Il chemine avec nous.

Jésus nous met en lien avec Dieu et les uns avec les autres. Il nous offre le signe du pain et du vin, il nous invite au partage et à la communauté. Il est comme un feu d’espérance qui donne goût à la vie. Le goût des découvertes, de la recherche, de la présence et de l’amour de Dieu.

 

Amen