D’autres prédications
et magnifiques textes
se trouvent sur le site
du Pasteur Pedroli

www.pedro.li

 

Commentaire de Marc 10, 17-30 14 10 18

pour le culte participatif du 14 octobre.

Ces pauvres riches qui n’y arriveront jamais !

Et nous ?

Par ce texte, nous entrons de plein pied dans la méditation sur la confiance. Comme introduction, il est utile de revenir sur les versets précédents, par exemple le verset 15 : en vérité, je vous le déclare, dit Jésus, qui n’accueille pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas.

Comme si le dépouillement, le détachement et le lâcher-prise étaient l’autoroute pour atteindre le Royaume de Dieu !

Je vous propose d’approfondir quelques versets de ce texte.

Verset 17 : il arrive vers Jésus un homme pressé. Il court. Il a beaucoup de choses à faire, comme un chef d’entreprise actif et compétent qui sait distinguer rapidement  ce qui est important de ce qui ne l’est pas. Il discerne en Jésus un enseignant performant, et il est assez intelligent pour reconnaître que Jésus, tout pauvre qu’il parait,  lui est supérieur : il s’incline devant lui. Il a vu ou entendu que ce maître avait beaucoup de compassion pour les autres, qu’il guérissait les malades, alors il le qualifie de bon maître. En disant à Jésus qu’il est bon,  il a peut-être le désir caché que Jésus soit bon avec lui. C’est un homme habile et diplomate. Il a tout reçu de Dieu : richesse, intelligence, honnêteté, tout.

Verset 18 :   or Jésus n’est ni bon ni mauvais, il accomplit la volonté de Dieu, qui , je vous le rappelle, n’est pas toujours celle qui nous arrangerait le plus. Jésus ne joue pas au chef face à ce chef. Il esquive et dirige l’homme vers le seul grand et bon chef, Dieu. 

Verset 19 : pourquoi Jésus ne cite que six commandements, dont l’un est un ajout : tu ne feras de tort à personne, à moins que commandement ne reprenne le 10ème  « tu ne convoiteras pas » ? Il manque « Honorer Dieu », « Ne pas se faire d’idoles », respecter le shabbat », et « Ne pas utiliser le nom de Dieu en vain ». C’est pareil chez Matthieu et Luc. Peut-être que ces quatre commandements à l’époque allaient de soi ?

Verset 20 : il a bien de la chance cet homme ! Il se considère comme un être parfait. Chez nous en Suisse, on dirait qu’il est drôlement gonflé !

Verset 21 : Jésus ne se moque pas. Il le regarde avec intensité, jusqu’au fond du cœur, et il voit probablement chez cet homme des qualités qui lui plaisent, puisqu’il est écrit : il l’aima. Le verbe qui est utilisé ici, est ce fameux verbe agapeo, qui parle d’un amour sans sentimentalisme et sans affectivité. Jésus aime cet homme d’un amour qui va le faire grandir. Non Jésus n’est pas bon, dans le sens où nous l’entendons habituellement : être gentil pour que l’autre soit aussi gentil.

Jésus lui dit une parole paradoxale : toi qui as tout, la seule chose qui te manque, est ne plus rien avoir. Jésus n’est pas méchant, il répond simplement à la demande de cet homme qui cherche à être heureux et à avoir la vie éternelle.

Cet homme a beaucoup travaillé pour obtenir toutes ses richesses, Jésus lui propose de continuer à travailler, autrement. Jésus lui offre en plus un suprême honneur ; il lui accorde de le suivre.

La vraie nature de cet homme est dévoilée : il n’adore donc pas Dieu en vérité. Il s’adore lui-même : il base sa confiance dans ses richesses et ses efforts pour devenir parfait à ses yeux et aux yeux des autres. Il est bien intéressant d’observer que ses biens et sa perfection morale  l’emprisonnent au lieu de le rendre libre, ouvert et joyeux.

Verset 26 : les disciples, que Jésus regarde avec un amour semblable à celui qu’il a eu pour l’homme riche,  n’en croient pas leurs yeux ! Que voulez-vous, c’est plus fort que nous, les gens riches nous impressionnent.

Je vous ai déjà raconté cette histoire ? J’ai travaillé quelques années dans une station de ski où vivaient beaucoup de gens très riches. Un employé des pompes funèbres avec qui je m’entendais bien m’a raconté qu’à l’enterrement d’une femme milliardaire, il n’y avait que lui et la femme de ménage !

Verset 28 et 29 : tout quitter à cause de Jésus et à cause de la Bonne nouvelle rend infiniment riche. Attention, tout sera donné en abondance, oui, mais au milieu des persécutions, est-il précisé. La vie restera donc difficile !

Il ne faudrait pas croire que les gens pauvres tiennent moins à ce qu’ils ont péniblement acquis que les gens riches : nous sommes chacune et chacun à la même enseigne. Il nous manque à tous et toutes une chose, comme à l’homme riche.

Ce que Jésus voulait  apprendre à cet homme était le détachement et la confiance en Dieu seul. Il n’y a aucun problème à avoir des biens et des qualités  pourvu qu’elles ne deviennent pas le moteur unique de notre confiance ou de l’assurance de notre salut.

Jésus appelle ses disciples « Enfants »au verset 24, parce que, eux, ils ont tout quitté pour suivre Jésus, et ont accueilli le royaume de Dieu sans rien comprendre dans une confiance totale. Ils ont réussi à passer par le trou de l’aiguille.

Le seul être humain qui a vécu dans un détachement absolu, c’est Jésus. Bien que, à la fin, il est écrit qu’il n’a pas été facile pour lui d’accepter l’épreuve de la croix. Amen

Parmi les nombreuses remarques de l’assemblée, je citerai celle d’Olivier : il est aussi difficile pour une personne pauvre de donner une banane, son seul bien, que pour un riche toute sa fortune, à cause du Christ et de l’Evangile.

Et de rappeler l’histoire de ce moine, qui avait tout quitté et qui pourtant ne se sentait pas bien. Il se plaint à son abbé. Ce dernier va visiter sa cellule. Il n’y trouve rien, le dépouillement total.  Il voit une gomme sur la table et il la ramasse. Alors le moine lui dit : ah non, rendez-moi ma gomme, j’y tiens.

A vous maintenant, de relire silencieusement ce texte de Marc et de relever un mot, une phrase qui vous touchent particulièrement aujourd’hui, de la méditer et peut-être de la partager avec une autre personne.

 


 

Enfants de lumière

 

Prédication du pasteur Georges Kobi. Dimanche 30 septembre à Berlin.

Lectures bibliques:

 

  1. 1. Evangile de Matthieu, chapitre 5, versets 14 à 16. Parabole du lampadaire.
  2. 2. Lettre aux Ephésiens, chapitre 5, versets 1 à 8. Enfants de lumière

Voir. Etre vu.

Voir devant soi; être vu de derrière. Consignes impératives pour tout cycliste qui veut assurer sa sécurité, et celle des autres usagers de la route.

Chaque jour j’enfourche mon vélo (je n’ai plus de voiture). Et chaque soir, je suis sidéré de croiser des cyclistes qui n’ont aucune lumière, ni devant, ni derrière. Sur le conseil de connaisseurs, j’allume désormais mes lampes même de jour. Devant comme derrière.

C’est exactement les consignes que nous donnent les deux textes bibliques cités. Jésus donne sa parabole du lampadaire, dans l’évangile de Matthieu. Et l’auteur de la lettre aux Ephésiens y développe les consignes. Non pour conduire un vélo, évidemment; mais pour conduire ni plus ni moins notre vie, dans la circulation des vivants, au milieu des ténèbres. Conduire notre vie par notre manière d’être, avec soi et avec les autres, autant avec nos plus proches, notre propre famille, nos amis, et nos communautés… qu’avec tous les inconnus que nous croisons sur nos routes quotidienne.

Porteurs de lumière.

Ni la parabole de Jésus ni le texte des Ephésiens ne disent que nous sommes des lumières; de ces gens particulièrement intelligents et doués, aptes à résoudre facilement les problèmes d’un monde compliqué et inquiétant.

La parabole du lampadaire utilise l’évidence. La lampe qui n’est pas branchée sur la prise ne s’allume pas; sans courant, elle ne sert à rien. Mais surtout, la lampe une fois allumée dans la pièce, on n’aurait pas l’idée de la cacher sous la table ou dans un seau. Mais on la place bien en vue pour qu’elle éclaire tout le monde.

Nous ne sommes pas des lumières, soyons modestes. Mais nous sommes des lampadaires qui portons la lumière, parce que nous avons reçu le courant; nous sommes branchés au courant de l’Esprit saint qui nous habite.

L’auteur de la lettre aux Ephésiens utilise alors cette belle appellation: « vivez commes des enfants de lumière ». Comme des hommes et des femmes qui ont reçu la lumière; et qui sont donc chargés de la répandre cette lumière, de la transmettre.

Enfants de lumière, nous sommes des lampadaires. Eteints, nous ne servons à rien dans la nuit ni dans le monde. Mais branchés au courant de l’Esprit, nous reçevons cette capacité d’éclairer les ténèbres. Et nous pouvons alors conduire nos vies dans le brouillard et dans la nuit. Avec intelligence et sagesse, comme le précise le texte des Ephésiens.

Ce serait tout de même moins dangereux que le vélo, le soir, dans la foule et la circulation, me direz-vous. Croyez-vous vraiment ?

Relisez la lettre aux Ephésiens; l’auteur n’est pas avare d’exemples de conduite dangereuse, de comportement à risque; pour notre propre vie et pour celle des autres.

Les exemples et les termes utilisés peuvent changer en fonction de l'époque et de la culture dans laquelle nous vivons, sans doute. Mais chaque fois, ces comportements mensongers et ces actes de violence mettent en sérieux danger nos relations quotidiennes, notre propre vie et la vie de ce monde. Y compris la vie de nos communautés.

La lumière éclaire et révèle.

La lumière reçue à la fois nous éclaire, nous guide dans les ténèbres; à la fois nous révèle, et révèle les autres, dans ce que nous sommes, dans notre vérité. Et ce n’est pas toujours très drôle.

Le texte des Ephésiens le précise bien. Si nous conduisons notre manière d’être et de vivre comme des enfants de lumière, comme des femmes et des hommes qui portons la lumière de l’évangile, les effets de cet éclairage sont autant positifs que négatifs.

Les fruits de la lumière, verset 9: la bonté, la justice, la vérité. La traduction en français courant dit: toute action bonne, juste et vraie. Toute action, quelles que soient les circonstances, quelles que soient les personnes; à temps et à contre-temps.

Tout un programme: le programme de l’évangile vécu au ras des pâquerettes. Dans un temps et dans un monde qui a tant besoin de justice, de vérité, de douceurs, de compassion. Ou tout simplement de respect mutuel, d’égards réciproques, de chaleur humaine, avec quiconque…

Mais le texte des Ephésiens n’hésite pas à mentionner aussi les effets négatifs de la lumière. Cette lumière qui révèle les mensonges, celle qui met à jour les injustices, celle qui met en évidence les perversions, les haines et les violences quotidiennes. Les nôtres et celles des autres.

Et l’auteur de la lettre va même plus loin. Non seulement il nous incite à ne jamais pactiser avec ces maux qui font régner les ténèbres dans nos relations et dans notre monde. Mais il nous incite à mettre le doigt dessus, à les dénoncer, avec courage et lucidité. Les dénoncer en nous-mêmes, et autour de nous.

Justement: révéler, c’est faire la lumière, toute la lumière sur ces maux qui font tant de mal. « Tu dors? Réveille-toi! Mets-toi sous la lumière du Christ ». Citation dont on ne connaît pas l’origine, mais peu importe.

Enfants de lumière.

Je ne suis pas une lumière, évidemment. Vous non plus, j'imagine. Mais ce qui nous est demandé - et c’est déjà beaucoup! - c’est d'être de simples porteurs; porteurs de cette lumière que nous avons reçue. Pour pratiquer le bien, le juste, le vrai.

Et renoncer en nous, et dénoncer autour de nous le mal, l’injuste, le faux…

Le Christ est notre lumière, l’Esprit saint notre courant, notre énergie. Alors, il nous est demandé d'être, humblement, de modestes mais authentiques reflets de cette lumière-là.