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Culte participatif du 5 novembre 2017, selon le fascicule de « L’Ecole de la Parole en Suisse Romande ». Le texte à méditer, à « mâcher » en silence ou en groupe se trouvait  ce dimanche, dans l’Evangile de Marc, au chapitre 2, versets 18 à 22.

 

Une prière attribuée à Nicolas de Flue :

Mon Seigneur et mon Dieu, prends en moi tout ce qui m’éloigne de toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me conduit vers toi. Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi à moi-même et donne-moi tout entière à toi, donne-moi tout entier à toi.

Et la prière d’ouverture à l’Esprit Saint :

Viens, Esprit de Dieu qui renouvelles nos cœurs et nous appelles à la simplicité de la Vie. Creuse en nous l’espace de la rencontre. Eveille en nous une attention nouvelle à la Parole de Jésus. Revêts nos âmes d’un habit neuf, et verse en nos cœurs, comme pour un jour de fêtes, le vin de la joie. Amen

Commentaire à propos du texte de Marc:

Un passage de l’Evangile de Matthieu, chapitre 11, donne une clé pour mieux comprendre le texte de Marc, en effet Jésus dit : 16 À qui vais-je comparer cette génération? Elle est comparable à des enfants assis sur les places, qui en interpellent d'autres:  17 ‹Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine!› 18 «En effet, Jean le Baptiste est venu, il ne mange ni ne boit, et l'on dit: ‹Il a perdu la tête.›  19 Le Fils de l'homme est venu, il mange, il boit, et l'on dit: ‹Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d'impôts et des pécheurs!› Mais la Sagesse a été reconnue juste d'après ses oeuvres.»

C’est très clair, Jésus ne jeûne pas, au contraire, il passe beaucoup de temps à manger. De nombreux textes de l’Evangile en témoignent, et pire, pour les religieux pieux de l’époque, il aime manger et boire avec les pécheurs et pècheresses ! Mc 1, verset 16 : quoi il mange avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs.

A la fin du verset 19, il y a une phrase mystérieuse : mais la sagesse a été reconnue d’après ses œuvres. Cette phrase semble signifier que le jeûne peut être reconnu comme une œuvre juste, chez Jean-Baptiste, par exemple, à un moment donné et pour une raison précise, et que le jeûne n’est pas une œuvre bonne à tous les coups. Le jeûne n’est pas une garantie pour obtenir le salut.

Prenons le cas de l’Ermite suisse Nicolas de Flüe ; Nicolas de Flue est né en 1417dans le canton d'Obwald. Il est le fils de paysans aisés, et vit une vie pieuse et modeste comme les autres. Il fait son service militaire et devient capitaine. Vers l’âge de 30 ans, il épouse Dorothée Wyss, la fille d'un fermier, avec laquelle il a cinq fils et cinq filles, qu’il entretient avec aisance, grâce à son travail acharné. Il devient conseiller et juge de son canton en 1459 et assume la charge de juge pendant neuf ans. Il refuse la proposition d’accéder au poste de gouverneur de son canton.

Après avoir reçu une vision, il décide de se consacrer entièrement à la vie contemplative. En 1467, il quitte sa famille avec le consentement de sa femme, et s'installe comme ermite au Ranft en Suisse. Il fait construire une chapelle à ses frais et assiste à la messe quotidienne. Selon la légende, il a survécu pendant dix-neuf ans, sans autre nourriture, que l'eucharistie. J’ai visité son petit chalet. Lui était en communion avec Jésus, alors pourquoi ce jeûne ? Voulait-il intensifier encore davantage cette intimité avec Jésus, sur une invite de Dieu, de la sagesse de Dieu ? Ce jeûne est-il aussi pour les autres ? Car la Suisse à ce moment-là était en grand danger de succomber à la division et à la violence.

Un ami de Nicolas a voulu faire la même chose. Au bout d’une semaine, il est tombé très malade. Nicolas a demandé à femme Dorothée de le nourrir. La capacité de jeûner est donnée par Dieu, par la Sagesse de Dieu, et non par celle des êtres humains.

Marthe Robin s’est nourrie seulement de l’Eucharistie pendant 51 ans, de 1930 à 1981. Très malade, quasiment paralysée, elle restait au lit. Il parait qu’elle était toujours joyeuse, et remontait le moral de ses visiteuses et visiteurs ! C’est l’impossible de Dieu.

Comme vous le savez sûrement, jeûner de nourriture, de TV, d’Ipad, ou même de la présence d’une personne aimée, sur des périodes plus ou moins longues, est un riche apprentissage, et nous permet de découvrir souvent des faces cachées de notre personnalité, d’aller en profondeur. Jeûner de temps en temps de nourriture permet aussi de regarder autrement les gens qui ne jeûnent pas pour leur plaisir. Jeûner est douloureux : le corps peut s’habituer, mais sur la durée,  la santé est progressivement atteinte. C’est ce qui se passe par exemple au Burundi ; la petite partie de la population affamée s’est habituée à peu manger, et se trouve sans défense face aux maladies telle que la malaria. Il faut beaucoup manger pour supporter la malarone.

Dans la majorité des religions qui existent dans le monde, le jeûne est pratiqué, comme chez nos ami-e-s catholiques, juifs, musulmans et orthodoxes par exemple. Sauf, nous, les protestantes et protestants ! Martin Luther a une théologie claire à ce sujet : il n’est pas nécessaire de jeûner pour obtenir le salut ; il est nettement préférable de partager son superflu d’une façon responsable : et ce n’est parce que tu partages que tu iras au paradis, ce n’est pas parce que tu ne partages pas que tu iras nécessairement en enfer; agis selon ta conscience et la sagesse que Dieu te donne.

Dans notre texte, Jésus n’est pas contre le jeûne. Il ne demande pas de jeûner aux personnes qui vivent intiment en amitié avec lui. Vivre avec lui donne de la joie, c’est un temps de renouveau et de lumière. Il y a des gens qui pensent que c’est poli d’avoir une mine triste à l’église. Jésus veut notre bonheur. Si notre trop plein d’activités commence à nous éloigner de lui, alors peut-être que, faire un peu de vide en soi, aide à revenir à lui, aide à se souvenir de lui.

Concernant la pièce d’habit neuve ; c’est vrai ce qu’il dit ? Je ne suis pas couturière. Ce qu’il veut dire en fait, c’est que lui, il est la pièce neuve, le Nouveau Testament, et le vieux vêtement, c’est le judaïsme, l’Ancien Testament. Jésus veut seulement souligner le changement : c’est le moment de construire du nouveau, d’aller de l’avant.

De même pour le vin nouveau. Mais…. Mais….. Mais…..Vous savez comment se fabrique le cognac ? Les viticulteurs expérimentés mettent du vin nouveau dans le vieux, et le résultat peut être tout à fait positif comme vous le savez ! Il est donc possible de mélanger ce qui est neuf avec ce qui est vieux avec beaucoup de savoir-faire !

Prière d’envoi :

Seigneur, dans cette partie du monde regorgent les biens de consommation. Apprends-moi à avoir faim et soif des nourritures vraies, celles qui fortifient l’esprit et désaltèrent le cœur. Accorde-moi de pouvoir partager mon superflu et de respecter et soutenir celles et ceux qui ont faim et soif de dignité, d’amour et de justice.

Amen


Sermon du 29 Octobre


Il y a quelques années, j’ai fait avec une amie le pèlerinage à Saint Jean de Compostelle. Le soleil espagnol, les douleurs aux épaules, le manque de sommeil éprouvaient nos nerfs et nos forces. Mais finalement, une fois arrivées à Santiago, nous l’avons tenue dans nos mains : notre compostela. L’objet commémoratif d’une impressionnante pérégrination. Pour mon amie catholique un signe visible de l’absolution générale, la récompense de l’exploit accompli. Le certificat du salut spirituel.
La compostela est fixée au mur dans mon bureau et mon regard est tombé sur elle au moment où je réfléchissais à ma réponse à la question posée dans le cadre de cette suite de prédications : qu’est ce qui est important pour moi dans la Réforme ?
Bien sûr je suis reconnaissante de la multiplicité des conclusions théologiques de nos réformateurs.
Je me réjouis que mon salut spirituel ne tienne ni à mon action, ni à ma générosité, ni aux kilomètres parcourus sur le chemin de mon pèlerinage. Je me réjouis que cela ne dépende pas de moi. Pour mon salut spirituel, je n’ai pas besoin de la compostela. Je n’ai besoin de rien ni de personne, pour mon salut, j’ai le Christ.
Oui, la richesse théologique des réformateurs me fait dire avec Hanns Dieter Hüsch. Je suis soulagée, joyeuse, libérée : Dieu a pris ma vie dans ses mains.
Ma prédication pourrait s’arrêter là ; joyeux, soulagés, libérés nous chanterions quelques cantiques et je descendrais ma compostela à la cave. Mais je ne veux pas m’en séparer si vite : elle est fixée au mur

comme un avertissement amical ; et pas seulement elle : sur son cadre un papier porte l’inscription : gloire à Dieu seul !
C’est bien pour moi que ce certificat de pèlerinage apparaisse sous un nouveau jour. Que moi avec mes courses, mes marches, mes pèlerinages sur le chemin de la vie sois replacée dans un autre éclairage. Gloire à Dieu seul !
Ou comme le formulait Paul dans sa lettre à la communauté de Corinthe : « c’est par lui que vous êtes en Jésus Christ, lequel de par Dieu a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption afin, comme il est écrit dans Jérémie 9 , 22 à 23 : que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur ».
Celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur ; à Dieu seul l’honneur. C’est cela qui est écrit sur ma médaille de Compostelle si durement acquise. Et ce petit papier je voudrais bien parfois le coller sur mon cœur ; en souvenir et avertissement ; pour que la conscience d’être en Christ, d’être délivrée me permette de me tenir devant Dieu avec reconnaissance : et pour que cette conscience marque mon pèlerinage de chrétienne, ma pensée et mon action quotidiennes.

Nous sommes arrivés au nerf de la guerre de la théologie réformée : nous sommes révélés dans Sa lumière avec tout notre déchirement entre notre nature d’être humain et notre qualité de chrétien, entre vouloir et finalement ne pas pouvoir.
Pendant son deuxième séjour à Genève, Calvin écrivit sur ce passage »parce qu’il y a toujours des êtres humains qui certes ne veulent pas se détourner de Dieu mais cherchent quelque chose en plus du Christ comme s’ils n’avaient pas tout en Lui. C’est pourquoi l’apôtre Paul décrit les trésors que nous avons en Lui et nous apprend comment nous devons rester en Lui. Dieu s’est révélé à nous à travers Lui : C’est pourquoi en dehors de Lui nous n’avons rien à chercher au-delà de lui. Et il nous fait connaître Sa Justice : en Son Nom nous sommes acceptés par Dieu parce qu’il a effacé nos fautes par sa mort.
C’est pourquoi nous ne devons pas courir pour le salut de notre âme, nous ne devons pas faire de bonnes actions ou acheter des indulgences pour sauver nos âmes de la damnation.
Maintenant nous ne devons pas risquer de nous faciliter les choses : la liberté qu’Il nous offre est la liberté de notre attachement avec Lui et la responsabilité devant Lui.
Il nous fait connaître la sainteté : par Son esprit nous devenons saints et nous pouvons servir Dieu: Sa justice et Sa sainteté sont étroitement liées et ceux qui veulent les séparer déchirent en même temps le Christ lui-même.
C’est une calomnie de dire que nous prêchons la justice à cause de notre foi et empêcher ainsi les hommes de faire de bonnes œuvres, car la Foi englobe les deux. »
Calvin nous encourage à l’importance de l’imitation de Jésus-Christ. Quelque chose qu’il a réclamé de chacun dans chaque situation de vie. Il encourage les réfugiés eux-mêmes, les Huguenots à rencontrer l’autre, l’étranger dans un pays étranger comme serviteurs reconnaissants du Christ. C’est par exemple ce que je vis aujourd’hui avec les réfugiés iraniens dans notre paroisse de Rixdorf. L’un d’entre eux m’a dit dans un entretien : « J’aide là où je peux et là où on a besoin de moi. C’est ma mission. Dieu m’a sauvé et ainsi je le remercie ». C’est en même temps facile et quand même difficile : Si nous vivions en étant aussi conséquents, le monde aurait un autre aspect. Est-ce que je ne devrais pas rendre un témoignage beaucoup plus visible et beaucoup plus vivant ? Me laisser mobiliser pour Dieu ?
J’ai choisi pour thème de prédication l’exigence parce que cette dernière m’est difficile. Parce qu’au moment où j’essaie de servir Dieu avec reconnaissance, je touche à mes limites.
Exigence. L’évangile est « sévère » a dit un jour Eberhard Busch ou on pourrait dire avec Bonhoeffer «la grâce est chère ». Cela veut dire : L’Evangile est « sévère » et la grâce « chère » en ce sens que Jésus ne nous dégage pas de la responsabilité, même si nous sommes libérés .
« De la même manière que le Christ est la consolation que nous accorde Dieu en pardonnant nos fautes, de la même manière Dieu revendique toute notre vie. » C’est la déclaration théologique de Barmen.
Participer au culte et aller crier des slogans racistes dans la rue, cela ne va pas. Que Gloire lui soit rendue, à Lui seul. C’est Lui que nous devons servir, ce sont ses créatures que nous devons aimer. Toutes nos manières de penser, de faire et de dire, nous devons les mesurer à la Parole de Dieu. Et cela sans compromis.
Cela est incroyablement difficile, pénible, douloureux et fatigant mais nous ne pouvons nous dégager de ce devoir.
Et maintenant je me demande : à quoi servent toutes ces disputes en politique, en famille, entre amis et dans nos paroisses ? Comment arriver à trouver le bon chemin, dans la lumière de Dieu, à la recherche de la miséricorde et de la justice, suivant les recommandations de Dieu et non d’après les règles de ceux qui détiennent le pouvoir ?
Et qu’en est-il de moi, pauvre petite chrétienne ? comment est-ce que je vis une existence comblée des dons de Dieu ?
Cela me stresse. Cette revendication me stresse. Je marche avec des ampoules douloureuses sur le chemin du pèlerinage ; je trébuche, je me fatigue sous le poids du sac de mon âme ; peut- être me suis-je trompée de direction.
Je m’arrête ; les pauses sont inévitables sur le chemin du pèlerinage. Je m’arrête au beau milieu et je repasse la parole de Dieu dans mon cœur. Exigence. Oui, la revendication de Dieu concerne toute notre vie, l’extérieur, l’intérieur, sous l’aspect spirituel, temporel, matériel. Les catégories n’ont pas d’importance sous le regard de Dieu, à l’horizon de la liberté de Dieu.
La liberté. Comment ai-je pu détourner mon regard de la liberté ? C’est peut-être la grande provocation, le grand « challenge ». La liberté et l’exigence.
C’est de cela qu’il est question dans l’éthique chrétienne, de la liberté. C’est cela qui est en cause , une liberté qui a si peu de rapport avec la contrainte et l’arbitraire. Avec cette liberté nous grimpons parfois avec peine la côte pendant que d’autres descendent d’un pied léger. Parfois nous devons nous porter les uns les autres et nous supporter aussi.
« Liberté », c’est le mot que j’écris sur le petit papier avant de replacer la compostela au mur et continue la vie si belle et si exigeante.

Amen!


 

Sermon du 22 octobre 17
Dimanche dernier, la pasteure a traité du thème de la désobéissance et des punitions du peuple juif ; deux semaines avant, elle évoquait la notion de liberté défendue de manière révolutionnaire par le théologien Luther : Jusqu’à quel point l’homme peut-il désobéir à Dieu ?
Nous retrouvons ds cette parabole des composantes symboliques familières : un père qui est bien sûr Dieu, deux frères qui souvent sont ds la Bible des rivaux qui se jalousent (ici ce n’est pas le cas ) et la vigne, l’ensemble de l’humanité ou même le royaume de Dieu.
Regardons de près le rôle de Dieu : d’abord Il s’adresse à chacun de ses enfants avec amour »mon enfant ». Il l’interpelle personnellement , non pas « il faudrait aller » mais »va »Il s’adresse sur le mode de l’urgence »Aujourd’hui ». Il ne faut pas remettre l’engagement à plus tard, il faut tout laisser tomber des activités que l’on menait ; parce que c’est l’engagement pour l’autre, pour la justice , pour le royaume qui compte. Quand le 1° fils répond qu’il ne veut pas se bouger, le père ne discute pas, ne critique pas, n’argumente pas. Il ne cherche pas de raisons, peut- être parce qu’il est habitué aux caprices du fils, peut-être parce qu’il sait que ce dernier n’est pas mauvais. Dans cette générosité absolue du père, je vois que Dieu ne désespère pas de nous, il sait que nous pouvons changer d’avis, évoluer en bien. Je pense que le Père va agir aussi dans la conscience de celui qui a refusé : il donne des remords et ces remords poussent le fils à l’action. C’est rassurant : Dieu nous permet de le bouder, il n’est plus ici le Dieu vengeur de l’Ancien Testament, il est un Dieu patient et compréhensif.
Qu’aurions pu répondre à Jésus ? Y a t-il un fils meilleur que l’autre ?
Le premier est franc dans son refus, il ne donne pas d’autre explication que sa volonté « je ne veux pas » ; c’est évidemment du pur égoisme. Ce premier fils est insensible dans un premier temps à l’urgence, à l’affection du père, il n’a pas envie de changer du train- train quotidien ; et il est vrai que nous aimons nos habitudes, la programmation de notre vie . Or écouter la Parole c’est souvent dérangeant, décoiffant : on est bousculé parce que la lecture de la Bible nous rappelle tout ce qu’on ne fait pas, en gros notre faiblesse, nos insuffisances, notre difficulté à prier ,à rechercher la foi : elle procède à des inversions, des paradoxes comme ici (verset 32) . Toutefois ce premier fils n’est pas un monstre, il a l’intuition que cela ne se fait pas de refuser ainsi un service, il a des références morales puisqu’il réalise qu’il a mal agi ; il ne demande pas pardon mais se précipite dans l’action, il n’a pas honte de changer d’avis, ou en tous cas la réalisation des ordres de son père est plus importante que le sentiment qu’il peut avoir de sa nullité. Est-il racheté par son remords ? Ce n’est pas dit, ce qui est seulement mis en valeur, c’est son action, son élan. Et finalement c’est ce qui compte le plus , toutes les hésitations antérieures sont oubliées. On pourrait dire que c’est une image du pardon de Dieu : ce ne sont pas nos fautes qui comptent, mais notre volonté de nous tourner vers lui, de croire. Ainsi ces personnes que la morale habituelle juge peu recommandables, les prostituées et les collecteurs d’impôts se sont mis en chemin, ils n’ont pas honte d’être ce qu’ils sont, ils avancent dans la foi sans s’embarrasser du sentiment de leurs péchés. C’est cet élan qui doit nous pousser vers la Sainte cène, non la certitude de nos insuffisances, mais l’urgence de la Foi, de la reconnaissance pour tout ce qui nous est donné à travers le sacrifice du Christ. Et c’est aussi la Sainte cène qui nous donne de l’élan pour continuer sur notre chemin de chrétien, pour continuer à aimer notre prochain même si ce dernier ne nous aime pas.
Le second fils est l’opposé du premier dans ses réactions : il accepte l’ordre du père, mais il oublie de le réaliser : il a été distrait, empêché. La volonté de son père n’est pas une urgence, ou simplement il a été d’accord dans un premier temps pour avoir la paix. Et à la fin il reste dans son coin et oublie Dieu ; et j’ai bien peur que Dieu l’oublie aussi. Au contraire de son frère, il a bonne conscience, il estime avoir fait ce qui était bien : accepter l’ordre de Dieu et au-delà de cela il ne se remet pas en question, il se croit juste.
C’est de la vanité et ce n’est pas en étant convaincu de soi même que l’on s’ouvre à Dieu. Il y a des gens qui sont convaincus d’être ds le droit chemin mais comme leur dit JC »Jean est venu à vous ds le chemin de la justice et vous ne l’avez pas cru, les collecteurs d’impôts et prostituées au contraire l’ont cru » : Ici jésus nous dérange précisément comme je le disais tout à l’heure : en termes de classes sociales et de valeurs traditionnelles, le royaume des Cieux inverse tout : les pécheurs sont supérieurs à ceux qui se crient les meilleurs, les premiers sont les derniers et les derniers sont les premiers comme il est dit ailleurs.
Peut être les 2 fils ne sont ils que complémentaires et « représentent une seule et même humanité dans sa complexité »(Florence Taubmann) . Comme les 2 fils pris ensemble nous ne sommes jamais tout à fait mauvais, jamais tout à fait bons . Comme le disait Mitterrand, l’homme n’est ni noir ni blanc, il est gris . Il est capable des actes les plus courageux pour sauver l’humanité, pour enchanter par la beauté de l’Art, mais il a aussi perfectionné les méthodes de tuer. Et cette complexité, ces contradictions, Dieu les admet ; elles sont la conséquence de la liberté qu’Il nous accorde.
Ce que nous pouvons retenir de cette parabole c’est la révolution du pardon. Dieu nous laisse nous tromper, être incapables d’engagement ou de repentir ; il n’a pas de commentaires sur la liberté qui nous fait bien ou mal agir mais Il est celui qui inlassablement revient vers nous et nous sollicite »mon enfant, Va.. »
Puissions nous cette semaine aller sur le chemin qui nous est indiqué

 

  Amen!