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Prédication 28 01 18. Rm 11. Souvenir de la Shoa.

 

Malgré les persécutions que l’apôtre Paul a subies de quelques membres du peuple juif, sans parler des attaques des païennes et païens et de certaines des premières personnes converties au christianisme, il reste un fervent défenseur du peuple d’Israël.

Ne jamais oublier que lui-même était juif, et Jésus, les premiers apôtres, la majorité des disciples et des premiers chrétiens et des premières chrétiennes. Le christianisme est issu du judaïsme. Et les premiers cultes chrétiens ont eu lieu dans les synagogues. Au début, le christianisme était considéré comme une des très nombreuses sectes juives.

Avec le verset 2, Paul insiste sur le fait que Dieu n’a pas rejeté son peuple. Il ne fait pas mention de la croix et ne lie pas la croix à l’avenir du peuple juif.

Dans les versets 7, 15 à 16, et 29 ; il considère qu’Israël est connu de Dieu depuis toujours, que ce peuple a été appelé, et que l’appel de Dieu est sans regret, traduit littéralement. Le peuple d’Israël demeure les prémices et la racine saintes du christianisme.

Paul explique qu’ Israël désirait le salut, et qu’une partie du peuple a été élue par Dieu, pour reconnaître en Jésus, le sauveur. Le cœur de l’autre  partie du peuple a été endurcie par Dieu. Et c’est grâce à ces personnes juives qui n’ont pas été appelées à croire en Jésus, que les peuples païens ont été convertis.

Donc il y a d’un côté l’olivier de souche, cultivé, le peuple d’Israël, et de l’autre côté l’olivier sauvage, les peuples païens, dont les branches, par la volonté de Dieu, sont greffées sur l’olivier cultivé. L’olivier cultivé est ce peuple juif que Dieu aime et aimera toujours.

Paul nous avertit que nous n’avons pas à nous considérer comme supérieur-e-s, nous les branches de l’olivier sauvage aux branches de l’olivier cultivé. Les chrétiennes et chrétiens ne sont pas plus sages que les personnes juives ( verset 25).

Paul l’écrit : c’est Dieu seul qui endurcit ou ouvre les cœurs. Les branches de l’olivier sauvage ne sont pas greffées en raison des bonnes œuvres ou de mérites. D’autre part, verset 28 : si le peuple juif est devenu un ennemi selon l’évangile, c’est à cause de nous, pour que nous soyons sauvé-e-s. Dieu fait miséricorde aux peuples païens grâce à l’infidélité du peuple juif. Pourquoi ? Réponse au verset 32 :  car Dieu a enfermé tous les êtres humains dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde.

 

Alors vient cette affirmation surprenante : quand le monde entier croira en Jésus, alors Israël sera sauvé selon la promesse de Dieu :  verset 26, le Sauveur viendra de Sion, il détournera l’impiété de Jacob.

En conclusion, selon ce que nous apprend l’apôtre Paul, nous, les chrétiennes et chrétiens, tout ce que nous pouvons faire, c’est montrer notre reconnaissance au peuple juif. Inutiles de poser des questions selon les versets 33, 34, 35, 33 qui disent : O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies impénétrables!  34 Qui en effet a connu la pensée du Seigneur? Ou bien qui a été son conseiller? 36 Car tout est de lui, et par lui, et pour lui.

 

Le message de l’apôtre Paul dans ce chapitre 11 est clair ; il nous appelle à la reconnaissance et non à la haine. Je ne sais pas si vous comprenez autrement ?

Comment se fait-il que les chrétiens et chrétiennes ont persécutés ce peuple juif depuis tant de siècles ? Comment se fait-il que le Vatican ne l’a pas protégé, et que Martin Luther se soit si lourdement trompé sur ce point ? C’est comme si notre intelligence avait été obscurcie.

 

D’autres populations ont été persécutées par les nazis :  les gens du voyage, les personnes handicapées, les communistes, les personnes homosexuelles, les personnes opposées à Hitler, et d’autres populations ont été persécutées d’une façon tout aussi inhumaine, par exemple, le peuple arménien, les tutsis ou les hutus, et toutes les populations dans le monde non conformes au pouvoir en place. Toutes les persécutions sont absolument indignes venant de la part d’un chrétien ou d’une chrétienne ; persécuter des gens parce qu’ils sont différents, c’est vraiment se comporter comme ce Judas qui a trahi son ami Jésus, trop différent de lui-même.

 

Je sais bien qu’au fonds de nous, nous aimerions que l’autre soit un clone de soi-même. Les relations seraient tellement plus faciles, et pas sûr encore, ce n’est pas toujours facile de vivre avec soi-même.

 

Mais voilà Dieu l’a voulu ainsi. Je ne sais pas comment les fleurs de toutes les couleurs font pour bien s’entendre dans un champ ; pour nous, c’est plutôt joli et agréable ! Peut-être que Dieu nous voit comme un champ rempli de fleurs multicolores !

 

Je reviens à la persécution contre les personnes juives, car elle a une autre dimension que les autres persécutions pour une chrétienne ou pour un chrétien ; une personne chrétienne  qui persécute une personne juive, c’est comme si elle attaquait un membre de sa propre famille. Ce sont seulement deux ou trois religieux, il y a deux mille ans, qui ont jugé bon de faire tuer Jésus et qui ont manipulé la foule ; ce n’est de loin pas toutes les personnes juives qui ont vécu depuis 2000 ans ! C’est comme si nous faisions un amalgame entre les nazis et les personnes de nationalité allemande. Ce serait absurde. Et pourtant trop de gens se laissent encore aveugler par cette manière erronée de penser.

 

Voyez-vous, moi, je tremble de voir le mal  là où il n’est pas, et ne pas voir le mal là où il est. Que le Seigneur nous épargne de nous tromper encore une fois. Qu’il nous accorde le discernement aujourd’hui par rapport à l’émigration, les progrès technologiques et la manière de gérer l’économie.

 

Les  nazis ou maffieux d’hier et d’aujourd’hui représentent ce mal, ces ténèbres de la désespérance que Jésus est venu justement combattre, et qu’il a vaincu. La lumière est plus puissante que ces laves du néant qui font de temps en temps irruption dans le monde Dieu.  Si Jésus a vaincu le mal, le combat du discernement continue.

 

A mon avis, seul l’Esprit Saint permet de discerner parmi toutes les fakes news de notre monde, les virus invisibles du mal. Les différences entre nous, entre cultures, entres religions sont une bénédiction du Seigneur, car ce sont elles, en nous remettant en question, qui nous tiennent en éveil.

Amen!

 


Prédication 21 01 18 Berlin, église catholique Oec.

Exode 15, 1-13,18-21, Mc 14, 14-20 et 1Co7, 29-31

 

La semaine de prière pour l’unité cette année a pour thème, se sortir de l’esclavage, d’où le texte  biblique  de ce dimanche sur l’Exode, qui chante la fin du joug égyptien  sur le peuple juif, il y a environ 3000 ans. L’esclavage est symbolisé par ce nœud que vous avez vu sur votre chaise.

L’esclavage, par la force ou par la ruse,  a la peau dure : il est notoire que la traite des êtres humains et des marchés d'esclaves existent encore aujourd'hui, en particulier au Soudan et en Mauritanie. Vous êtes au courant ?

L'ONU a adopté en 1949, une « Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui ». Cette convention, renforcée en 1956 par une nouvelle Convention  « recommande l'abandon » de la servitude à cause des dettes, du mariage forcé, de la vente d'une femme par ses parents, son tuteur ou sa famille, de donner une femme par héritage, de la mise à disposition d'un enfant ou d'un adolescent pour l’exploiter.

L’esclavage a été officiellement aboli dans tous les pays du monde il y a 30 ans ! Je ne le savais pas, et vous ?

Il y a donc à peine 30 ans que l’esclavage est considéré par tout le monde comme un délit grave. 30 ans !  C’est probablement parce que la lutte contre l’esclavage est très rude, comme en témoigne la violence dans le texte de l’Exode : Dieu y est décrit comme un homme de guerre qui fracasse l’ennemi, le dévore dans un feu brûlant, l’engouffre comme du plomb dans les eaux tumultueuses. Cet ennemi n’est pas seulement le pharaon, l’ennemi représente tout ce qui maintient l’être humain en servitude.

Le chant de Myriam célèbre la fin de l’esclavage en Egypte : le peuple juif a cessé d’être utilisé comme de la main d’oeuvre à bon marché. C’est un miracle ! C’est la liberté. Est-ce que tout est dit avec cette liberté retrouvée?

Que s’est-il passé après? 40 ans d’errance dans le désert ! Où est la liberté dans l’errance dans le désert ? Et en plus, si j’ose m’exprimer ainsi, en plus, dans ce désert, le Seigneur  a offert à son peuple la Loi. Je dis en plus, parce que la loi comme vous le savez peut être source de liberté comme de servitude.

Cette loi, selon Dieu, était sensée libérer l’être humain de ses liens avec ce qui l’asservit chaque jour ; cette loi était sensée libérer l’être humain de ses pulsions de mort. Car chacun des dix commandements conduit à l’amour de Dieu, et à l’amour du prochain, et à son propre bonheur, toujours selon Dieu. Ces commandements sont la base du bien vivre ensemble, et ont permis d’accomplir pour le peuple juif d’immenses progrès en humanité.

Est-ce que Dieu l’avait prévu, je ne sais pas, mais voilà que peu à peu,  cette loi, pourtant instrument de liberté, est mal comprise et  mal appliquée ; elle devient à son tour, une chaîne qui emprisonne.

La « morale » sans amour, est une chaine. Et puis la « morale », c’est un grand terrain de jeu. Chaque personne a sa morale, chaque peuple a sa morale, chaque groupe religieux à sa morale, chaque famille a sa morale.

Prenez,  par exemple, le commandement, ne pas tuer : tout le monde est d’accord de dire que tuer n’est pas bien. Mais que faire d’une personne qui tue pour se défendre ? La personne qui tue le plus de monde à la guerre ne reçoit-elle pas une médaille ? Et si je suis en voiture et tue une personne sans le vouloir ? Dans Matthieu 5, il est écrit que si une personne traite son prochain de fou ou d’imbécile, elle est aussi coupable que si elle l’avait tué…Ne sommes-nous  donc pas toutes et tous, des meurtriers, des meurtrières en puissance?

Certaines personnes considèrent qu’il est permis de tromper sa femme ou son mari pour avoir un garçon au lieu d’une fille, ou pire tuer une fille à sa naissance, comme en Inde,  parce qu’elle n’a pas la chance d’être un garçon,  ou ne pas payer honnêtement ses impôts, pour d’autres personnes, ces actions sont inadmissibles, idem pour  l’homosexualité ; pour certaines personnes, c’est admissible pour d’autres non. Idem pour le refus de l’hospitalité eucharistique ; pour nos ami-e-s catholiques, c’est juste, alors que pour nous les réformé-e-s, c’est aller à l’encontre des commandements d’amour . L’église catholique pense de son côté que nous sommes dans l’erreur. Ce qui n’empêche pas de nous respecter mutuellement heureusement ; cette messe en commun en témoigne. N’est-ce pas, cher Père Gandoulou, nous sommes ami-e ? Le père Gandoulou répond, oui, avec un sourire !

Tout est tellement relatif sur le plan de la morale : c’est ainsi que les dix commandements sont devenus 613, et qu’à ce jour, il existe plusieurs milliers d’articles de lois sur les étagères des bureaux d’avocats.

La morale sans amour ne fait que souligner nos culpabilités, nos faiblesses  et nos incapacités à faire le bien, et à nous rendre tristes. L’apôtre Paul l’écrit (Rm 7, 19) : puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais.

Alors Jésus vient pour annoncer une liberté plus grande que celle apportée par la sortie d’Egypte et la loi. Cette liberté est tellement grande et mystérieuse, que ce n’est pas 40 ans dans le désert dont nous avons besoin pour la gérer, mais plus de 2000 ans puisque nous n’y sommes pas encore !

C’est la liberté la plus totale qui n’ait jamais existé. Et encore maintenant, nous sommes complètement démuni-e-s face à cette liberté : quoi, comment ?

Le grand théologien protestant du 20ème siècle Karl Barth dit : tout est fait, tout est en ordre, tout est accompli en l’oeuvre de Jésus. Il ne faut plus rien. Nous n’avons qu’à dire oui, et à vivre.  A vivre avec l’Evangile dans le cœur, par l’action du Saint Esprit.

C’est le moment de dénouer les nœuds de votre ruban. Comment vivez-vous cette sensation de vide avec ce ruban sans nœuds ?

C’est un détachement à tout ce qui lie, à tous nos filets. Nous nous retrouvons complètement nu-e-s et apeuré-e-s devant les responsabilités qui nous incombent à prendre chaque jour désormais. Heureusement nous avons des soutiens immuables : les paroles de l’Evangile, et croire que l’Esprit Saint agit en nous, répare nos erreurs, et nous donne les impulsions pour agir selon la volonté de Dieu.

En tant que baptisé-e-s, ou personne croyant en Jésus, nous sommes devenu-e-s complètement libres de vivre et d’agir avec comme seuls repères dans ce désert: Jésus.

Amen


Message du pasteur Bernard Antérion, Berlin le 14 janvier 2018.

Lecture : Matthieu 2, 13-18

Installation de la pasteure retraitée Martine Matthey

 

Qu’est ce qui a motivé, décidé Matthieu à décrire brièvement la fuite en Egypte après avoir raconté la naissance de Jésus ? On peut penser à plusieurs raisons que je veux parcourir devant vous maintenant !

 

La première raison relève de l’évidence : partir ou quitter c’est vivre ! Le déplacement le mouvement c’est bien la vie elle-même.

Partir, commencer une nouvelle vie cela peut être agréable si c’est l’expression d’un libre choix et ressemble finalement à un voyage plus ou moins organisé ; c’est la version positive agréable d’un départ qui sait que, finalement un retour est toujours possible. Aujourd’hui ici nous accueillons Martine qui elle aussi est partie sereinement et résolument !  

 

Partir, aller vers une destination peu claire ; quitter son pays parce que la vie y est devenue impossible : voici que ce mouvement, ces départs sont aujourd’hui le sort de centaines de milliers d’êtres humains dans notre monde. Ces migrations humaines sont sans doute l’un des grands défis de nos sociétés. Et même si elles toujours existé- et les protestants français du 17° siècle ont connu cela et ici à Berlin en particulier -  elles sont devenues aujourd’hui plus visibles, elles sont devenues les causes ou les prétextes à bien des enfermements, à l’élévation de toutes sortes de barrières, comme à la manifestation de tous les replis identitaires et sécuritaires.

La deuxième raison : Partir ou quitter est une réalité biblique décisive et sans doute Matthieu s’adresse à des gens qui connaissent bien ce critère biblique.

 

Partir, quitter, aller vers, se mettre en route, cheminer sont des verbes de mouvement au cœur des traditions bibliques ; tout le monde bouge dans un monde qui finalement n’était si éloigné du nôtre. En fait tout le monde ne bouge pas, seuls bougent ceux qui y sont contraints et se déplacent celles et ceux qui vendent ou achètent ou visitent, ou qui ont quelque chose à dire à faire connaître à faire savoir. La migration est au centre de la révélation biblique. Adam et Eve vivent l’exil du royaume, Caïn la honte comme une fuite, Noé l’errance nautique, les gens de Babel la dispersion et l’éclatement dans la diversité des langues. Vous connaissez tout cela et même la suite avec Abraham, Isaac, Jacob et Joseph.

Amen!