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Dimanche 18 Mars  2017

Prédication de Marco Pedroli   
Pasteur de la Communauté

Les commandements moraux (Loi, 3ème partie)

Reprise :

Le Décalogue ou les 10 commandements, ce fondement de la vie religieuse et spirituelle de l’Ancien Testament a une structure bien claire :

  1. Le texte commence par ce rappel : Le salut vient de Dieu. « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage. » Ce n’est qu’après que viennent les commandements. Il y a d’abord le salut de Dieu, l’obéissance est la conséquence de ce salut.
  2. Puis il y a les commandements religieux, écrits sur la première table de la loi.
  • Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face
  • Tu ne te feras pas d’idoles pour les adorer
  • Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain
  • Tu respecteras le sabbat, le jour du repos
  1. Les commandements moraux écrits ou plutôt gravés sur la 2ème table de la loi. Ce sont des règles de vie. Elles sont mises en lien avec l’obéissance à Dieu et aux commandements religieux. Dieu est le garant de ces commandements. Il est le garant de la vie sociale et communautaire. Car la vie sociale est voulue par Dieu. Elle est l’expression du lien avec Dieu. Elle est le lieu où s’exerce la vie devant Dieu. La vie en commun doit être réglée, elle n’est ni anarchique ni arbitraire. Les commandements sont comme un mode d’emploi de la vie commune. Voici donc les commandements moraux :
  • Honore ton père et ta mère
  • Tu ne tueras pas
  • Tu ne commettras pas d’adultère
  • Tu ne commettras pas de rapt
  • Tu ne feras pas de faux témoignages
  • Tu ne convoiteras pas ce qui est à ton prochain

 commanmoraux1

Les commandements moraux sont des normes, énoncées, dites, proclamées. En tant que telles ils ne se discutent pas. Nous ne pouvons que les recevoir et chercher à les comprendre. Et bien sûr les transposer dans notre situation et à notre époque. Les commandements moraux règlent la vie de la communauté. Ils permettent de vivre en paix et dans une certaine justice. Ils évitent l’anarchie.

*          *          *

Le commandement : Honore ton père et ta mère demande de respecter notre père et notre mère, de respecter nos parents et nos grands-parents. De respecter nos racines, d’où nous venons. Ce commandement dit que nous avons une responsabilité envers eux. La responsabilité de les entretenir, de leur permettre d’avoir une vie décente même lorsqu’ils sont âgés et fragiles. Aujourd’hui avec le système de rentes et de soutient des personnes âgées la société a repris ce que demande ce commandement, parce que la structure de notre société a changé. Cela ne nous dispense pas de respecter notre père et notre mère. Mais la nécessité de les soutenir a évolué. D’ailleurs ce commandement est le seul qui est formulé positivement. Il ne dit pas : n’abandonne pas tes parents, mais bien honore ton père et ta mère.

Petite remarque en passant : ce commandement, comme tous les autres commandements, concerne les vivants et pas les morts. Il dit d’honorer son père et sa mère, mais il ne dit pas qu’il faut s’occuper de leurs funérailles, ni qu’il faut les vénérer après leur mort. Nous avons à honorer nos parents de leur vivant, mais nous n’avons pas à nous laisser soumettre par un devoir lorsqu’ils sont décédés.

*          *          *

Puis il y a le commandement : Tu ne commettras pas de meurtre. Il est clair et fondamental. Mais pour l’époque où il a été énoncé, il n’était pas évident. En effet, à cette époque le chef du clan avait le droit de vie et de mort sur sa famille ou sur tous les membres de la tribu. Tu ne commettras pas de meurtre – ou tu ne tueras pas, marque une limite et indique bien qu’il y a des normes au-dessus du pouvoir d’un individu.

Cependant quand on pense aux guerres et parfois aux guerres faites au nom de la religion, on se rend compte que ce commandement est bien souvent dévalorisé et nié. Et c’est une horreur de penser à tous les crimes et les morts dus à la guerre.

Mais ce commandement soulève toute une série de questions : a-t-on le droit de tuer le dictateur qui mène tout un peuple à la ruine. La question s’est posée face à Hitler dans les années 40 du siècle passé. Ou encore, que faire en légitime défense. Il n’y a pas de recette unique face à ces questions, à chacun de trouver la réponse qui lui convient en âme et conscience.

Tu ne tueras pas, c’est bien la norme. Et elle est confrontée à des situation concrètes telles que l’avortement, ou encore l’acharnement thérapeutique, la fin de vie et le suicide assisté et aussi tout ce qui relève de la « manipulation génétique ».

Jésus interprète les commandements dans un sens très fort et clair. Il a le souci de l’intention de la loi.

 commandeMoraux2

« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : Imbécile sera justiciable du Sanhédrin ; celui qui dira : Fou sera passible de la géhenne de feu. »

Tu ne tueras pas. Pour moi cela signifie respecter la vie, respecter l’autre dans son intégrité. C’est aussi le refus de la violence sous toutes ses formes, par des vieillards ou des étrangers. Le refus d’abuser des enfants bien sûr aussi.

Tu ne tueras pas, c’est un commandement négatif, mais nous sommes appelés à le tourner positivement dans le sens suivent : Nous engager et lutter contre toutes formes de violence, nous engager pour que personne ne meurt de faim, personne ne meurt à cause des mines antipersonnelles, personne ne soit torturé, violé, abandonné. Il s’agit ainsi de permettre à ce que chacun, chacune puisse bénéficier les besoins vitaux, de justice, de nourriture et de liberté. Dans une perspective long terme, il s’agit également de nous engager aussi pour que notre planète terre reste un lieu où il fait bon vivre, une création accueillante, multiple, avec des plantes, des animaux et un air pur, une eau buvable.

Nous ne voulons pas tuer, c’est clair. Mais évitons aussi d’être les complices des meurtres, des guerres, des injustices et de la famine. Ne détournons pas les yeux face au mal, ne faisons pas comme si nous ne voyons rien, mais engageons-nous pour que chacune et chacun puisse vivre une vie dans le respect et l’intégrité.

*          *          *

Tu ne commettras pas d’adultère. Ce commandement est clair. Il précise l’ordre dans le village, dans la société et dans les rapports hommes et femmes. Et vous savez bien à quel point il est difficile de l’observer.

Jésus l’a très bien compris lorsqu’il affirme : Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère avec elle.

Pour Jésus ce commandement vise également le désir, les pensées et les intentions. Personne n’est à l’abri du mal. Et là nous sommes tous concernés. Voilà pourquoi nous ne devons pas juger les autres.

D’ailleurs Jésus a accueilli la femme pécheresse – ou adultère – alors que les hommes voulaient la lapider pour cela. Et qu’il l’a sauvée par ces mots : « que celui qui n’a pas péché jette la première pierre. » A la femme il dit : « va et ne pêche plus », pour bien signifier que l’adultère reste un péché face à la loi.

Ce commandement doit nous faire réfléchir sur la situation des femmes, sur les inégalités entre hommes et femmes, ou lorsqu’on traite des femmes comme des objets, chez nous par exemple lorsqu’on les place comme des images d’appât dans des publicités.

Le commandement tu ne commettras pas d’adultère est comme le symbole de l’ordre social qui structure la vie commune. Nous faisons partie d’une famille, où chacun – qu’il soit homme, femme, enfant, vieillard - a le droit au respect et à la dignité. Nous sommes appelés à nous soutenir et à partager les joies et les difficultés de la vie, dans le respect et la dignité de chacun.

*          *          *

Il en va de même pour les autres commandements :

  • Tu ne commettras pas de rapt.
  • Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain.
  • Tu n’auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n’auras de visées ni sur la femme de ton prochain, ni sur son serviteur, sa servante, son bœuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain. »

Ces commandements sont évidents et pourtant nous les violons également. Du moins en intention.

*          *          *

Le rapt : bien sûr nous n’allons pas enlever des personnes pour en faire un serviteur ou pour la donner en mariage à notre frère. Et nous sommes scandalisés, à juste titre lorsqu’on entend parler de mariages forcés, notamment de jeunes filles.

Pourtant, lorsque nous manipulons une personne, que nous voulons qu’elle suive notre manière de penser ou d’agir, c’est bien une sorte de rapt. Une manière de vouloir avoir de l’emprise sur elle ou lui. Ou encore, lorsque nous cherchons à l’influencer, ou à faire du chantage. Par exemple avec des images posées sur Facebook… il y a de multiples manières de chercher à utiliser l’autre à son avantage.

(Ou par un mail du genre : « Je tiens à vous faire savoir que je détiens une vidéo nue de vous a titre pornographique alors si vous n'entrez pas en contact le plus vite possible avec moi, je vais la publier sur tous les réseaux sociaux. Je pense me suis fait bien comprendre. Salut !!! »)

Face à cela, nous devons avoir un profond souci du respect de l’intégrité de chaque personne.

*          *          *

Tu ne feras pas de faux témoignage. Au tribunal c’est punissable. Mais en privé, combien de fois essayons-nous d’arranger la vérité, de dire du bien ou du mal, juste pour un petit avantage. Ou souhaitons-nous que l’on cache ceci ou cela, ou qu’on oublie une partie de notre réalité qui nous blesse.

Ou encore, lorsque l’on dit du mal (des fausses vérités, des calomnies) sur quelqu’un dans les réseaux sociaux ou dans la presse. Qu’on traite une personne de gros noms, on se moque d’elle, on la ridiculise ou même on fait des photos truquées. A ce sujet il y a bien des exemples dans les campagnes électorales de la politique actuelle. On pourrait croire d’ailleurs que pour être élu, il suffit de dire du mal des autres – sans aucune vérification ni preuve, ou de les insulter. Ça me fait froid dans le dos.

La vérité, l’intégrité, l’honnêteté, ne se négocient pas. Le but à atteindre, aussi louable qu’il soit ne justifie pas l’usage de moyens malhonnêtes.

*          *          *

Le dixième commandement dit. « Tu n’auras pas de visée sur la maison, la femme, le serviteur de ton prochain », on parle aussi de convoitise. Nous aimerions bien la BMW ou l’Audi de notre voisin, ou sa belle maison, ou sa femme (dans ce commandement la femme est traitée comme un objet que l’on possède !!!) ou encore un bon compte bancaire. L’attachement aux biens matériels est souvent devenu plus important que la vie, la vie communautaire, les relations et le respect de l’autre.

La vie est bien plus que ce que l’on possède ou ce que l’on montre, mais ce que nous sommes en profondeur et nos liens avec les autres et notre vie spirituelle. Comme dit Jésus : « Ne vous tourmentez donc pas à chercher continuellement ce que vous allez manger et boire. … Préoccupez-vous plutôt du Royaume de Dieu et Dieu vous accordera aussi le reste. » (Luc 12)

*          *          *

La vie en société est différente aujourd’hui que du temps de Moïse. Nous vivons dans un tout autre contexte, nous avons d’autres problèmes, et d’autres besoins légitimes. Tout évolue la loi et les commandements aussi.

Nos règles de vie font partie de notre lien avec Dieu. Il se soucie de la vie concrète de l’homme. Il nous invite à nous sentir en lien avec tous les humains et pas seulement pour ceux de notre clan. L’intention de la loi, son aspect positif va plus loin que les mots, la loi est appelée à s’inscrire dans nos cœurs.

Pour conclure, je vous propose ces deux belles phrases qui disent en quelques mots l’essentiel :

La règle d’or d’abord : « ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Cette règle est commune avec des variations dans d’autres religions aussi, notamment dans l’islam et chez les bouddhistes.

Et puis cette phrase de Saint-Augustin : Aime et fais ce que tu veux. C’est à la fois un appel à la liberté et à l’engagement généreux et ouvert. Aime et fais ce que tu veux.                         

Amen


                                                                                                         

Dimanche 26 février 2017

Prédication de Marco Pedroli   
Pasteur de la Communauté

 

 

L’homme et le sabbat

(4ème commandement - Exode 20,8 à 11)

Pas un bus, pas un taxi, aucun magasin n’est ouvert, le temps est comme suspendu. C’est ainsi que le sabbat est vécu en Israël et particulièrement à Jérusalem. Tout s’arrête, on voit juste quelques juifs pieux avec leurs chapeaux et leurs cheveux aller à pieds vers une synagogue ou jusqu’au mur des lamentation. Quelques pas sont autorisés pour aller au culte et étudier la Torah. Tout est réglementé pour le jour du sabbat. Les fidèles ne font aucun travail ce jour, ils ne font ni le ménage, ni la cuisine et pas des loisirs actifs non plus. Mais écoutez plutôt ce que dit une juive très religieuse :

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« La famille juive débute les préparations du Shabbat le vendredi après-midi en nettoyant la maison et en cuisinant le repas du soir. Les juifs orthodoxes préparent tous leurs repas à l’avance, afin de ne pas prendre le risque d’utiliser l’électricité après le début du Shabbat ou pendant cette période de repos. Lors du Shabbat, plusieurs activités sont interdites : bâtir, cuire, tailler, acheter, écrire, mais aussi toute forme de labeur, téléphoner, allumer l’électricité, la télévision, conduire, etc.

Si vraiment il est nécessaire d'utiliser l'électricité - par exemple, pour sortir de chez soi, ceux qui vont à la synagogue doivent bien se servir des digicodes !! - on demande à un non-juif de le faire. Ainsi, dans certains quartiers de Paris, on voit des groupes de gens qui attendent devant les portes des immeubles ; ce sont des juifs qui attendent qu'un non-juif passe et tape le code d'ouverture de la porte. C'est absurde pour nous, mais c'est une façon d'appliquer strictement la Loi mosaïque.

Le jour du Chabat, le monde est achevé et l’homme accompli. Le Chabat est le rappel hebdomadaire de cet accomplissement. Même si nous l’acceptons, la seule façon d'y parvenir réellement est de le vivre de manière tangible. 

Lorsque Dieu dit : « Six jours par semaine vous ferez tout votre travail », Il ne fait pas référence uniquement aux tâches à exécuter au bureau. Il est question de nous-mêmes et de la manière dont nous devons nous efforcer de travailler sur nous-mêmes. Le Chabat est là pour nous interpeller sur ce que nous voulons être : nous accomplir, travailler notre personnalité, prendre conscience de notre caractère unique et acquérir un sentiment d’achèvement. Ces principes sont à notre portée ; les atteindre signifie que nous sommes dans la bonne direction. »

En Israël toute la vie est organisée pour que les familles religieuses puissent vivre le sabbat selon la loi juive. Là, c’est plus facile. Mais les juifs religieux en Allemagne et en France cherchent aussi à vivre le sabbat selon la loi, même si ce n’est pas si facile pour eux.

*          *          *

Le respect du sabbat provient du 4ème comman-dement que voici : « Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage, mais le septième jour, c’est le sabbat du SEIGNEUR ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’émigré que tu as dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. »

C’est la suite des trois commandements que je vous ai présentés dimanche dernier :

  • Tu n’auras pas d’autre Dieu devant ma face
  • Tu ne te feras pas d’images pour les adorer
  • Tu ne prononceras pas le nom du Seigneur en vain.

Le 4ème commandement demande de sanctifier le jour du Seigneur.

Ce commandement, comme les précédents, fait partie des origines de la loi juive et lui donne une coloration bien typique. Bien juive si j’ose dire. Il se base sur le récit de la création : Dieu a créé le monde en 6 jours, puis le 7ème jour il se repose de toute son œuvre. A cause de cela il est très important pour les juifs qui en font une caractéristique de leur identité.

Ainsi l’homme doit aussi travailler 6 jours et se reposer le 7ème, pour se mettre en face de son Dieu. Pour aller au temple, sacrifier, prier, écouter la torah etc.

A l’origine, ce commandement était une chance. Particulièrement pour les travailleurs et les esclaves. Au moins ils avaient un jour de congé. Ils travaillaient dur tous les jours, du matin au soir, mais un jour par semaine, ils étaient soulagés, délivrés. Ils étaient libres.

*          *          *

A cette l’époque la société était très hiérarchisée. Il y avait des familles nobles et riches et les prêtres qui commandaient le tout. Ils avaient tous des serviteurs et des esclaves. Ils les obligeaient à travail très durement. Ils exigeaient beaucoup d’eux, ils les opprimaient aussi. Les serviteurs avaient beaucoup d’obligations et de devoirs, aucun droit, ils étaient soumis, vraiment comme des esclaves.

Pour les esclaves, le commandement du repos du sabbat était positif. Il leur permettait d’avoir la paix pendant un jour. Car le texte le précise : Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’émigré que tu as dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi. »

Le repos est voulu par Dieu, pour tous. Il affirme une sorte de solidarité de tous ceux qui vivent ensemble. Ainsi le sabbat est une libération pour tous voulu par Dieu. A l’origine.

Puis le judaïsme s’est installé dans le pays et il a développé cette loi du sabbat. Elle a été détaillée, complétée, en multipliant les devoirs et les obligations. Les prêtres, les lévites et les pharisiens en ont fait un système avec 1000 obligations les plus diverses. Pour tous. Si bien que le côté libération du sabbat est devenu moins important que son côté obligations.

Ainsi il était interdit de ramasser une poignée de blé quand on avait faim. Il était également interdit de guérir des malades. Jésus s’est érigé là-contre. Et il a très souvent intentionnellement guéri des malades ou des infirmes le de sabbat.

L’histoire de la guérison de la femme possédée en est un exemple. Et quand un responsable religieux dit : « Il y a six jours pour travailler. C’est donc ces jours-là qu’il faut venir pour vous faire guérir, et pas le jour du sabbat. », Jésus réplique : « Esprits pervertis, est-ce que le jour du sabbat chacun de vous ne détache pas de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire ? » Et il ajoute : « N’est-ce pas précisément le jour du sabbat qu’il fallait délivrer cette femme du lien de Satan ? » 

 femme courbée

Jésus redonne au sabbat son vrai sens, celui de la libération. Il soulage, il guérit. Pour lui, c’est précisément le jour du sabbat, le jour de Dieu le jour de la libération, du pardon et de la délivrance, qu’il faut montrer la grâce de Dieu, la guérison et la délivrance de ce qui nous oppresse. Comme pour dire : Vous avez fait du sabbat le jour des obligations, de la contrition, de la tristesse et du sacrifice. Alors que Dieu en a fait le jour du repos et de la libération, de la reconnaissance et de la délivrance. Voilà pourquoi Jésus il guérit et il fait des miracles spécialement ce jour-là.

*          *          *

Les juifs célèbrent toujours le sabbat. Le samedi est pour eux le jour du silence et du repos. Ils se souviennent des œuvres de Dieu, ils étudient la Torah et ils demandent pardon.

Nous chrétiens nous célébrons nos cultes le dimanche et non le samedi. Le premier jour de la semaine, pas le septième. Le jour de la résurrection, pas le jour de la repentance. En ce jour, le dimanche, jour du Seigneur, nous nous souvenons que la vie a repris, que Jésus est ressuscité, que la vie nouvelle nous est offerte. La création commence à nouveau, avec Jésus, avec nous.

Le fait de célébrer notre culte le dimanche et non le samedi est le signe que notre foi est celle de la grâce et non de la loi. Le sens profond de notre lien avec Dieu est différent. Nous sommes dans la reconnaissance et non dans la purification. C’est l’aspect libérateur qui prime et pas du tout l’idée de devoir faire une corvée. Nous sommes réunis dans le joie et non pour faire un sacrifice. Dans la reconnaissance, dans la joie, mais aussi dans la conscience que nous sommes en lien avec les chrétiens du monde entier.

Le passage du samedi au dimanche est symbolique du passage de la religion juive à la religion chrétienne. Si pour les juifs, il faut se justifier devant Dieu, sacrifier peut-être, se purifier en tous cas, pour les chrétiens, le salut est offert par Jésus-Christ. Il est don, il est grâce, il est libération, il est vie, voilà pourquoi nous célébrons Dieu le jour de la résurrection de Jésus-Christ, le dimanche, premier jour de la semaine, premier jour de la vue nouvelle.

Aujourd’hui, j’ai une pensée particulière envers ceux qui doivent travailler le dimanche : je pense d’abord au personnel soignant, aux aides de ménage, aux employés des transports publics, aux policiers, au personnel de service et à d’autres encore. Ils travaillent le dimanche pendant que les autres ont congé, ce qui ne facilite pas leurs relations sociales et familiales.

A ce sujet on peut se demander si c’est vraiment un progrès que les commerces soient ouverts le dimanche et qu’il n’y a plus tant de différence entre les jours de travail et ceux de repos et, ou de méditation. Cette évolution de notre société montre bien que la religion a perdu son importance, face aux loisirs et aux bénéfices de certains. On a comme perdu un certain sens du respect de la vie et de la communauté.

*          *          *

« Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. » (Marc 2, 27 et 28), retenons bien ces mots. Ne faisons pas de nos cultes des sabbats. Ne faisons pas de nos célébrations des moments de contrition, de sacrifice ou de corvées. N’oublions jamais que nous vivons sous la grâce, dans la reconnaissance et la joie d’être libérés et sauvés par Jésus-Christ.

Le sabbat a été fait pour l’homme. Et non l’homme pour le sabbat. La religion est faite pour l’homme, et non l’homme pour la religion. La foi est un moteur, pas un frein, elle nous permet d’avancer, de nous lancer, de nous engager et pas de nous retenir et de nous tourmenter de mille obligations.


Jésus libère et unit. Le passage du sabbat au dimanche en est le signe. Nous n’avons pas à nous morfondre en culpabilité et en regrets, mais nous pouvons nous sentir libérés, rachetés, sauvés, et heureux de l’être. Il nous libère et nous unit tous devant lui, et en lien avec les chrétiens du monde entier qui tous proclament et se réjouissent de la vie nouvelle que Jésus a donné au matin de Pâques, le premier dimanche, celui du recommencement.

 sabbat

« Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude. », c’est ainsi que Dieu a établi le lien entre les hommes et lui. C’est ce lien qui marque notre manière d’être hommes et femmes avec Dieu. Un lien de reconnaissance et de joie que nous pouvons célébrer ensemble en louant, chantant et nous réjouissant devant Lui.

 

AMEN                                                                                                      

 

 

 
 Dimanche 29 février 2017

Prédication de Marco Pedroli   
Pasteur de la Communauté

Le Décalogue, première partie

« Ecoutez dans le recueillement et le respect les instructions de notre Seigneur. » C’est ainsi que le dimanche les huguenots introduisent la lecture des commandements de Dieu. Nous sommes tous debout et il y a un silence respectueux dans l’assemblée. Et ensuite le lecteur ou la lectrice proclame :

C’est moi le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude, tu n’auras pas d’autres dieux face à moi, tu ne te feras pas d’idole, ni rien qui ressemblerait à Dieu, tu ne prononceras pas son nom en vain, tu te souviendras du jour du sabbat.

Il s’agit d’un texte fondateur, pour les huguenots, pour les protestants et pour tous les chrétiens. C’est aussi le texte fondateur de la religion de l’Ancien Testament. Le texte est très ancien, il vient de Moïse, il fait partie des origines de la religion juive. Il est au centre de la religion et de la manière de comprendre Dieu. Il représente la base de la relation entre les hommes et Dieu. Il fait partie des bases de notre foi à nous chrétien aussi.

Décalogue, le mot signifie étymologiquement les dix paroles. C’est bien plus que des commandements ou des instructions. Ce sont des déclarations qui en quelques phrases posent notre manière d’exister face à Dieu et dans la société.

*          *          *

Le texte commence par ce préambule : « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. » Je suis ton libérateur. Je te veux du bien, je t’ai sauvé. Dieu nous délivre, il nous fait sortir de l’esclavage et il chemine avec nous. Le peuple se situe face au Dieu qui l’a libéré de l’esclavage. Dieu qui lui a permis de traverser la mer et qui désormais le guide à travers le désert. Dieu qui l’accompagne et qui lui donne la manne tous les jours.

Dieu appelle et délivre. Il n’est pas un Dieu de la fécondité ou de la nature, il n’est pas un Dieu du mystère et de la mort. Il n’est pas caché. Mais il est le Dieu qui agit et qui délivre, qui sauve et qui guide. Dieu agit ici et maintenant, au milieu de ce monde, au milieu du peuple. Dieu appelle et il attend une réponse. Il exige une réponse claire et engagée. Il ne demande pas d’abord des sacrifices, mais il attend un comportement conséquent et responsable. Dieu prend son peuple au sérieux. Il veut en faire son vis-à-vis, son partenaire.
 

« C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. »

Je t’ai délivré, je te donne à manger et à boire, je te conduis, c’est moi ton Dieu, je m’engage le premier pour les humains, sans condition aucune. Une fois posé cette affirmation fondamentale, on entre dans le concret des commandements. Le décalogue, les 10 paroles de Dieu à Moïse, que l’on représente traditionnellement gravées sur deux plateaux de pierre. On parle des deux tables de la loi. Dans les représentations on voit toujours Moïse qui montre au peuple ces deux tables. Une table concerne les commandements face à Dieu, l’autre, les lois concrètes qui régissent la vie humaine. Dans beaucoup de temples protestants ces tables sont affichées, dans les synagogues aussi.

C’est la parole qui exprime le lien entre les hommes et Dieu. Ce n’est pas la magie, ce ne sont pas des sacrifices, ni les rites, ce n’est pas la mystique ou la sagesse, ce ne sont pas des éléments cachés, ce ne sont pas les morts qui nous mettent en lien avec Dieu. Mais la parole. Sa parole qui libère, qui sauve et qui permet le lien entre Dieu et nous. La parole ou le verbe par lequel sera désigné Jésus, parole qui fonde notre lien avec Dieu.

10commandements

La première table de la loi parle de la place des hommes et des femmes face à Dieu :

C’est moi le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude, tu n’auras pas d’autres dieux face à moi, tu ne te feras pas d’idole, ni rien qui ressemblerait à Dieu, tu ne prononceras pas son nom en vain, tu te souviendras du jour du sabbat.

Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. C’est avec cette affirmation que s’ouvre le décalogue. C’est le premier commandement. Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. Ce n’est pas une déclaration sur la vérité de Dieu ou des dieux, mais c’est un ordre, une injonction, un commandement.

Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. Peu importe si d’autres dieux existent ou non. Le texte ne nie pas leur existence. Peu importe le nom qu’on leur donne. Mais les autres divinités ne sont pas à mettre face à Dieu. On ne les place pas en concurrence ou en rivalité avec Dieu. Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. S’il y a d’autres dieux, il faut les mettre à côté, ou derrière. Il faut leur enlever tout pouvoir et toute importance.

Moïse sait bien que d’autres dieux circulent dans le monde. Les dieux païens, baal et les autres, les dieux de la fécondité, les dieux qui occupent des lieux particuliers ou sacrés, les dieux des ancêtres, les esprits de la forêt, ceux et celles qui accompagnent les soldats, les chasseurs ou les bergers. Tous ces dieux existent. Mais ils ne sont rien face au Dieu véritable. Ils sont négligeables, insignifiants, néants, face au Dieu qui a libéré le peuple du pays d’Egypte, la maison de servitude.

Dieu est celui qui a sauvé son peuple. Il sauve et délivre toujours à nouveau. Le préambule le précise. C’est face à ce Dieu que nous sommes appelés à nous situer, à vivre et à agir.

Nous sommes sous son regard, devant sa face, dans un lien exclusif et fort avec lui. Voilà pourquoi le premier et le plus important commandement est celui-ci : tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. Ce commandement exige que nous nous concentrions sur le lien avec ce Dieu-là, celui de la parole, celui de la délivrance, celui qui chemine avec le peuple qui l’accompagne et qui le conduit. Il n’y a pas de menace dans ce commandement. Mais cet appel à regarder vers lui et à avancer avec lui.

Le Christ prolongera ce commandement par ces mots : qui m’a vu a vu le père. Jésus est désormais est la porte d’entrée vers Dieu. Il est le révélateur, celui qui nous conduit à notre créateur et sauveur. Je suis le chemin, la vérité et la vie, dira Jésus dans l’évangile de Jean.

Face à cette affirmation centrale : « tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face », se pose bien sûr la question du rôle et de la vérité des autres religions, ou des chemins de sagesse, de la méditation. Certains parlent d’approches alternatives et complémentaires pour connaître Dieu et la profondeur de notre existence. D’autres pensent qu’avec l’aide d’esprits venus d’ailleurs ou et l’âme des morts, nous pouvons aussi connaître Dieu et le salut.

Il se peut que certaines recherches sur d’autres spiritualités et d’autres religions, ou la méditation puissent apporter un éclairage nouveau sur la vie et aussi sur ma foi. Et que cela m’aide. Par contre, chercher à combiner les religions, à faire une sorte de patchwork qui prend un élément à Jésus, un autre à la sagesse africaine, ou qui reprend le cœur de la pensée bouddhiste et la combine avec la résurrection pour en faire une sorte de mix religieux, est en contradiction avec l’essence de ce commandement.

Il nous fait choisir et approfondir notre choix. Voilà pourquoi ces affirmations : Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face et qui m’a vu a vu le Père restent fondamentales et irremplaçables. Regarde le Seigneur ton Dieu, c’est l’essentiel, tout le reste n’est que tourment ou obligation vaine.

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Le deuxième commandement prolonge et précise le lien entre les humains et Dieu

Tu ne te feras pas d’idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car c’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu.

Et il ajoute : je suis un Dieu exigeant qui poursuit la faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations – s’ils me haïssent –mais prouvant sa fidélité à des milliers de générations – si elles m’aiment et gardent mes commandements.

Tu ne te feras pas d’idole. Tu ne feras pas des statues qui représentent Dieu, ou d’autres objets que tu pourrais adorer. Car Dieu ne se laisse pas enfermer dans une œuvre humaine, même si elle est très belle et pleine de sens et qu’elle nous inviterait à nous élever vers lui.

Dieu ne se laisse pas enfermer. Ni dans des statues, mêmes artistiques, ou des images. Il ne se laisse pas enfermer non plus dans des images intellectuelles, des doctrines, des théories, des affirmations. Il reste libre. Nous ne pouvons pas le posséder, l’emporter et le prendre comme ça avec nous pour ensuite l’imposer à d’autres. Dieu reste celui de la parole et du don, celui qui se donne librement et qui se révèle librement.

La seule image qui nous est donnée, c’est celle de Jésus-Christ humain, souffrant, aimant, sur la croix et au matin de Pâques. Dans ce sens Jésus nous révèle Dieu, mais pas comme un système de pensée ou comme une théorie. Il nous parle de Dieu comme d’une personne, vivante, souffrante aussi avec qui nous pouvons être en lien.

Ne pas enfermer Dieu. Ni dans une image, ni dans une pensée ou une théorie. Ne pas enfermer Dieu, dans nos églises non plus et nos théories sur la foi et le salut. Car il est vivant, il est celui qui vient, celui qui se révèle et qui permet à chacun de le rencontrer là où il est, avec sa pensée, ses mots et son souffle.

Ne pas enfermer Dieu dans une image ou dans une théorie, c’est une manière de dire qu’il n’y a pas qu’une seule manière de croire, pas une seule manière de dire et de vivre sa foi. Mais qu’il y a plusieurs cheminements possibles, plusieurs approches de Dieu. La foi est toujours à la fois confiance et recherche, un chemin, des découvertes parsemés de doute, de certitudes et de questionnements. L’erreur est de croire que sur le chemin de la foi on est arrivé et que l’on peut en rester là, et pire, imposer à d’autres une manière de croire ou de vivre sa foi. La foi reste un cheminement et un partage, une écoute et un regard sur notre existence face à notre Seigneur.

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Tu ne prononceras pas à tort le nom du Seigneur, car le Seigneur n’acquitte pas celui qui prononce son nom à tort.

C’est le troisième commandement. Pour le comprendre ce commandement il faut penser aux pratiques magiques ou incantatoires où l’on répète et répète sans cesse certains mots et certaines formules, comme si en les répétant, elles vont changer Dieu et le cours des choses. Comme si aussi en prononçant le nom de Dieu, on a un certain pouvoir sur lui. Comme si en nommant Dieu, on a du pouvoir sur lui, on le possède.

Les juifs sont tellement soucieux de ce commandement qu’ils ne prononcent jamais le nom de Dieu. Même pas lorsqu’ils s’adressent à lui. Pour bien montrer que Dieu résiste, qu’il est libre, souverain, incompréhensible peut-être, mais toujours à venir. C’est un respect face à lui et face à son œuvre.

Lorsque nous parlons à Dieu, lorsque nous prions, restons ouvert et disponibles. Car prier, c’est nous ouvrir à Dieu et à sa parole. C’est autant écouter que demander, s’interroger qu’exiger. Nous ne pouvons pas obliger Dieu, nous n’avons pas de pouvoir sur lui. Nous ne pouvons pas le manipuler. Dieu n’est pas à notre disposition, ni à notre service. Il reste libre. Il ne se laisse pas obliger, forcer, manipuler. Ce commandement nous le rappelle.

Ne faisons pas de nos prières des défis à Dieu. Et si nous ne sommes pas exhaussés, n’allons pas imaginer que nous sommes punis ou que nous sommes de mauvais chrétiens. Mais gardons cette ouverture et cette humilité face à celui qui nous accompagne.

La prière ne change pas Dieu, mais elle change l’homme qui prie a dit un théologien français (Jacques Ellul). C’est une belle manière de nous situer face à Dieu, dans le respect et l’écoute.

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Le préambule de la loi ainsi que les trois premiers commandements posent les fondements de notre foi. Bien plus que des commandements, ils disent quel est le lien entre Dieu et nous et quelle est notre place devant Dieu.

Le préambule affirme que Dieu nous aime en premier et sans aucune condition et qu’il nous permet d’être en lien avec lui. Nous pouvons le reconnaître et le rencontrer et ainsi être reconnaissants de son amour pour nous.

Puis, les commandements nous invitent à nous centrer sur lui et sur sa parole comme chemin de vérité et de vie. Nous ne pouvons pas l’enfermer, ni dans une image, ni dans une théorie. Nous pouvons nous adresser à lui, entrer en lien et en contact avec lui. Mais il ne se laisse pas mettre à notre service. Nous ne pouvons pas le manipuler, ni nous servir de lui, car il est le Dieu de la parole qui nous interpelle, nous accompagne et nous soutient. Il nous met en route sous son regard.

Amen