« Lectio divina » ou « Prier la Parole ».

 

Comment lire la Bible ? Ou plutôt comme faire pour que les mots qui entrent par une oreille ne fuient pas immédiatement par l’autre ?

La seule piste sérieuse que je connaisse est celle de prendre du temps pour la « ruminer ». Et le temps, c’est ce qui nous manque le plus, après l’amour et l’argent, bien sûr !

Même lus plusieurs fois rapidement, les textes bibliques coulent souvent sur nous comme la rosée sur une toile bien cirée, et semblent complètement étrangers à ce qui se passe dans notre vie quotidienne.

Tu passes par une épreuve ? Tu as envie de fuir Dieu et ses anges parce que tu souffres ? Alors arrête tout et réfugie-toi dans le silence; prends le temps de te re-lier à Dieu dans tes profondeurs. Attends patiemment que l’envie te vienne d’ouvrir ta Bible dans l’espace que tu t’es créé.

Cette voie de méditation est un des fondements des cultes participatifs que nous célébrons environ une fois par mois à la salle Casalis. Si les discussions et analyses théologiques sont indispensables pour nourrir notre foi, si elles ont leur place dans les études bibliques et après les cultes dominicaux, prendre le temps de « Prier la Parole » est un moment à privilégier.

Le principe de la « Lectio divina », ou « Prier Parole » est une très ancienne tradition au sujet de laquelle Guigues II le Chartreux au 12ème siècle a rédigé un traité qui fait référence. L’expression « Lectio divina » se trouve pour la première fois dans les écrits d’Origène au 2ème siècle. Elle aurait même de profondes racines dans le judaïsme.

Pour vous en parler, je me suis inspirée d’un article écrit, sous l’égide du professeur en théologie Felix Moser, par un étudiant en théologie à l’Université de Lausanne, Sylvain Stauffer.

Le moine Enzo Bianchi, du monastère de Bose, insiste sur l’importance de demander l’aide du Saint Esprit avant de pratiquer les quatre étapes de la « Lectio divina » que je vous mentionne ci-dessous, car dit-il, :« L’Ecriture ne devient parole vivante que par l’Esprit »:

1ère étape : La lecture : lire, et relire en groupe et individuellement le passage de l’Ecriture sainte. Il s’agit de recevoir la parole pour soi, de chercher la voix qui veut toucher notre cœur, sans attente précise, sans préjugé, dans la plus grande ouverture possible.

2ème étape :  La méditation : « approfondir la signification de ce qui a été recueilli dans l’étape de la lecture », en intégrant pour soi, les informations et connaissances données par différentes exégèses à disposition, et découvrir la révélation de la Parole dans notre aujourd’hui.

3ème étape : L’oraison :  c’est le temps de la rumination silencieuse de la parole, c’est le temps du dialogue entre la personne priante et Dieu, c’est le temps de la formulation d’une prière. Le Seigneur nous a parlé, et maintenant il écoute notre réponse avec nos propres mots, qui peuvent être une demande de pardon, un engagement à suivre la volonté de Jésus dans le lâcher prise, une intercession pour les autres ou une prière de louange, ou autres.

4ème étape : La contemplation « est le temps du repos en Dieu. Le dialogue avec Dieu laisse la place au silence, un silence d’adoration, plein riche et paisible ». C’est l’étape la plus passive. La parole de Dieu continue à résonner en nous. Certaines personnes peuvent alors éprouver comme une expérience sensible de la proximité de Dieu et de sa douceur offerte, reçue gratuitement, en dehors de notre volonté.

Dans la réalité d’un culte, cette quatrième étape est souvent écartée, car les paroissiennes et paroissiens ont envie de s’exprimer, et d’échanger sur l’émotion vécue. Je propose alors que chaque participant-e qui le souhaite, cite les mots qui l’ont particulièrement touché-e aujourd’hui, et les commente brièvement.  Cette démarche demande aux participant-e-s maturité, contrôle sur soi, écoute et responsabilité pour que chaque membre du groupe puisset bénéficier d’un espace de parole.

L’exercice peut être ressenti comme difficile, car c’est un partage avec les autres du travail de l’Esprit Saint qui vient de s’accomplir en nous.

« Prier la Parole » ou « Lectio divina », c’est comme creuser un sillon pour recevoir la semence.

Martine Matthey

 

 

 

 

D’autres prédications
et magnifiques textes
se trouvent sur le site
du Pasteur Pedroli

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