Vous donc, vous serez parfait-e-s comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48).

Prêtre, pasteur-e, chrétienne, chrétien, avons-nous atteint cette perfection, cet accomplissement ou cette maturité ?

Heureusement le verbe est au futur : vous serez parfait-e-s. Il nous est accordé un peu de marge et de temps.

A notre époque, il est demandé à tout le monde d’être parfait-e : aux parents, aux enfants, à l’ouvrier, à la directrice, au médecin, à la femme ou à l’homme politique, et surtout aux prêtres, aux pasteur-e-s et aux chrétiennes et chrétiens. Plus l’attente est forte en matière d’idéal, et plus la chute fait mal : plus le linge est blanc et plus la tache est visible.

Avec un peu d’humour, il me semble que bien des personnes encore qui fréquentent les églises souhaiteraient secrètement que leur pasteur soit un homme plutôt jeune, dynamique, toujours disponible, peu attiré par les loisirs et les vacances, marié à  une seule femme peu dépensière (1Tm 3, 1-13) et qui aime faire la cuisine pour les membres de la paroisse, avec des enfants en nombre raisonnable (Ils sont tellement utiles pour les cultes de famille !). Ah si ses cultes pouvaient plaire à la fois aux personnes âgées, aux jeunes et aux familles !

Est-ce que ce superman apporterait vraiment de la joie de vivre dans une paroisse? Je ne sais pas si un robot sait motiver et mettre de la bonne humeur dans son entourage ?

Certaines personnes pourraient me dire : que les chrétiennes, chrétiens et pasteur-e-s prennent exemple sur Jésus. Oui, très bonne idée. Malheureusement Jésus n’a pas fondé de famille, il est donc bien difficile de prendre modèle sur lui. Car quand ses deux premiers disciples lui demandent : où demeures-tu, Jésus répond : venez et vous verrez (Jn 1, 38-39). Ou bien: « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. » (Mt 8, 20). Jésus nous offre une image d’une personne chrétienne insaisissable, libre et obéissant à son Père plutôt qu’aux humains ?!.

Comment se sont organisées les communautés aux premiers temps du christianisme ? Très vite, l’assemblée prend conscience qu’il n’est pas humainement possible de tout faire. Les Douze convoquèrent alors l’assemblée plénière des disciples et dirent : « Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des tables. Quant à nous, nous continuerons à assurer la prière et le service de la Parole. »( Ac 6, 2 et 4).

Jean Calvin s’est inspiré des récit bibliques pour établir les quatre types de fonctions ministérielles : les ministres chargés de prêcher et de distribuer les sacrements, les docteurs en théologie pour l’enseignement, les responsables de l’organisation pratique de la paroisse, ou « Anciens » et les diacres pour accueillir et visiter les personnes qui le souhaitent. Il a créé aussi le  Consistoire,  composé d'«Anciens» laïcs et de pasteurs et qui pouvait juger seulement des affaires religieuses qui n'ont pas d'implications devant la justice civile.

Dans l’église donc, personne ne vaut plus ou moins que les autres : chacune et chacun sont des êtres humains, avec leurs qualités et leurs défauts, à qui il a été confié, en assemblée, des fonctions différentes.

Comme la perfection nous échappe personnellement, il est très confortable de demander aux autres de faire l’effort de devenir parfait-e-s à notre place. Mauvaise surprise :  aucun être humain n’est parfait et bon, sinon Dieu (Lc 18, 19).

Alors c’est la déception, l’insatisfaction, la révolte  et la colère, car voici que l’autre, qu’il soit prêtre, pasteur-e, paroissienne ou paroissien, me ressemble.

Samuel Amédro, pasteur EPUdf et conseiller théologique du journal « Réforme » écrit : La Réforme a fait le choix radical et structurel de refuser toute idée d’onction surnaturelle sacerdotale qui conféreraient à certains ministres une nature essentielle différente du reste de l’humanité. Pour Luther tous les chrétiennes et chrétiennes appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique, il n’existe entre eux aucune différence si ce n’est celle de la fonction, car ce sont le baptême, l’évangile et la foi qui seuls forment l’état ecclésiastique (Réforme no 3791).

L’essentiel pour une paroisse serait que ses membres apprennent à  travailler et mener des projets ensemble, pour Jésus, pour le bien de chacune et de chacun, et dans la bonne humeur. Les règlements souples et réformables sont nécessaires : un peu de désordre donne de l’espace pour changer ce qui est à changer, trop de désordre apporte irrémédiablement des blessures.  

L’idéal à mon avis, pour une paroisse serait une formation au discernement pour tous et toutes, car le pire pour l’avenir de l’Eglise serait d’étouffer l’Esprit et de méconnaître son action au milieu de nous.

Martine Matthey