Le 21 octobre, je m’embarque pour un court voyage au Burundi.
Que puis-je bien aller faire au Burundi ? Ce n’est pas une destination de voyage touristique très prisée actuellement !
Tout a commencé en 2010. Alors que je donnais des leçons d’éthique et cultures religieuses dans les écoles primaires de Crans-Montana, une enseignante m’a parlé de son projet : construire une école dans une des régions les plus pauvres du Burundi, le Kirundo. Le mari de sa sœur, Roger Macumi, avait dû fuir son pays, et après quelques années en Suisse, il a épousé Laura. Toute la famille de Laura, y compris Martha la maman, s’est investie avec une générosité sans faille pour répondre au désir de Roger d’aider les gens de la région où il est né.
Connaissant l’honnêteté et l’engagement chrétien de la famille, je suis devenue membre de l’association « Amiki » œcuménique et intergénérationnelle. Roger surveille personnellement et régulièrement les travaux sur place.
Nous avons commencé fort avec une action organisée par les enseignant-e-s d’éducation sportive de l’école : une course du partage pour construire une école dans la province du Kirundo. Les enfants, même les plus petits, se sont donnés à fond et nous avons pu récolter 35000 francs suisses. De quoi construire 4 classes, et engager une directrice et des enseignant-e-s. Encouragé-e-s par ce résultat, nous avons continué à récolter des fonds pour construire d’autres classes, deux citernes d’une capacité de 50 m3 d’eau des pluies, et deux blocs sanitaires. Deux fois par année, par tous les temps, nous organisons une vente de gâteaux et autres délicatesses dans la rue pour faire connaître l’association et recueillir de l’argent. L’association organise un parrainage des enfants dont les familles manquent cruellement de tout : nous avons pu le constater de nos propres yeux.
En octobre 2014, un groupe intergénérationnel, dont deux élèves de l’école de Crans-Montana, Ludivine et Théo, s’est rendu sur place ; avec l’aide des maçons du lieu, ils ont participé à la construction d’une maison en briques dures pour une famille et au défrichage de la place pour les futures classes. Depuis trois classes supplémentaires ont été créées. Ce troisième voyage a comme but principal de trouver un début de solution au problème lancinant de la faim. Oui, la population a reçu l’école dont elle avait besoin, seulement la majorité des élèves s’y rendent le ventre vide.
Le Burundi s’est dégagé de ses tutelles allemandes et belges le 1er juillet 1962 pour acquérir son indépendance dans la paix et la sérénité. Une constitution est rédigée par une commission chargée d'instaurer une démocratie multipartite au Burundi ; elle est validée par la population en 1992. Le Président actuel : PIERRE NKURUNZIZA, protestant ainsi que sa femme, a pourtant forcé l’obtention d’un troisième mandat en 2015. Le gouvernement est impuissant à créer des structures pour une agriculture qui soit profitable à chacune et à chacun dans le pays.
Quand je vais au Kirundo, et que je vois des enfants au ventre énorme, des fillettes ployant sous le poids de bidons d’eau sur des kilomètres de mauvais chemins, avant d’aller à l’école, les récoltes tellement maigres dans cette vallée alors qu’elles sont abondantes dans d’autres vallées toutes proches, des questions me tournent dans la tête.
J’aimerais bien que des expert-e-s ou des journalistes me dévoilent quelques mystères :
- Pourquoi les produits de notre agriculture subventionnée en Europe et en Amérique sont vendus avec des taxes minimes en Afrique, alors que les produits africains exportés, et non subventionnés sont fortement taxés ?
- Comment se fait-il que des décisions invraisemblablement malhonnêtes prises au temps du colonialisme soient toujours en vigueur, comme par exemple, la décision de laisser gérer par le pays les dix premiers mètres dans le sol, et de donner aux compagnies étrangères, la terre en dessous des dix mètres, qui contient les trésors de minerai ? Est-ce juste que certaines mines d’or aient été vendues avec exemption de taxes pour 50 ou 100 ans ?
- Pourquoi est-ce la France qui édite la monnaie unique, le CFA, pour la plupart des pays africains ?
- Comment se fait-il que la Chine puisse acheter, au vu de tout le monde, d’immenses territoires africains pour nourrir sa propre population, sans que la population spoliée soit informée ? Au mieux, les personnes reçoivent des sommes dérisoires pour quitter leur maison.
- Concernant le commerce du pétrole, des ONG (Public Eye entre autres) en Suisse ont découvert des malversations aux montants pharamineux. Oui, des membres du gouvernement ou de la famille des membres des gouvernements africains ont accepté de cautionner des contrats illégaux : qui est la personne la plus coupable, celle qui corrompt en toute impunité ou celle qui est achetée?
- Si un président africain cherche à se désengager de l’emprise étrangère qui s’accapare des métaux précieux de son pays, il est comme par hasard destitué peu après: n’est-ce pas étrange ?

Les voyages ne sont-ils pas utiles pour élargir les consciences ? Martine Matthey, pasteure.

 

 

 

D’autres prédications
et magnifiques textes
se trouvent sur le site
du Pasteur Pedroli

www.pedro.li